L'irruption d'une novlangue qui menace la langue française dans nos bureaux

Un constat accablant : la novlangue envahit nos bureaux et altère notre belle langue.
L'irruption d'une novlangue qui menace la langue française dans nos bureaux

BILLET. Une nouveauté inquiétante s'installe dans nos espaces de travail. Valeurs Actuelles a recensé plusieurs expressions qui poussent les amateurs de la langue française à donner des coups de pied à leur ordinateur face à leur supérieur.

Que cache cette étrange langue qui envahit les open spaces ? Un mélange inattendu entre consultants, influenceurs de LinkedIn et DRH qui s'essaient à la lecture de journaux en sirotant du kéfir. Cette novlangue, mêlant subtilement français et anglais, semble désormais faire face à une résistance croissante, traduisant ainsi l'agacement généralisé des professionnels du secteur tertiaire.

Le problème devient un « irritant »

Autrefois, on se plaignait simplement : « J’ai un problème. » Aujourd’hui, il faut désormais « remonter un irritant ». La demande d'un service s'est transformée en « faire un point rapide » et nos collègues ne sont plus que des « parties prenantes ». Les réunions se terminent souvent par la promesse énigmatique de « revenir vers vous »... mais de revenir d’où, au juste ? Peut-être d’un tunnel d'infographies PowerPoint et de tableaux Excel pastel ?

Parmi ces expressions, la plus désolante est sans doute « Je te laisse reprendre le lead. » Une belle illustration de lâcheté passive-agressive, où personne n’assume vraiment sa part. Chacun se défausse sur le collègue suivant, comme si l’on passait une patate chaude dans une tranchée.

« On est alignés ? » est également une formule à abattre. Autrefois, des désaccords voyaient le jour. Aujourd’hui, rechercher un « alignement » évoque des étagères Ikea bien ordonnées plutôt que débats intellectuels constructifs.

« Je te call » pour « impacter les performances »

La domination du verbe « impacter » pourrait mériter d’être inscrite au code pénal. Depuis des années, tout peut « impacter » n'importe quoi : une mauvaise météo peut ainsi « impacter les performances », tandis qu'un retard de train « impacte les synergies transversales ». Qui sait, un DRH annoncera peut-être que le décès d’un employé « impacte légèrement la roadmap RH » ?

Les anglicismes se sont également installés. Le salarié contemporain « forwarde » et « schedulise » à la place de programmer, tout en « brainstormant » pour réfléchir. Celui qui ose parler d’une « réunion téléphonique » est perçu comme un dinosaure du monde de l’entreprise. À ce rythme, les licenciements futurs s’appelleront des « human downsizing expériences ».

Une mention spéciale revient au mot « bienveillance ». Ce terme s'est amorcé tel un champignon, envahissant l'environnement professionnel, où même des licenciements deviennent admirables sous l'angle de la « bienveillance ». C’est la sémantique des bourreaux au sourire angélique, prêts à démanteler votre carrière en douceur.

Et les réunions ? Ces rassemblements vaudou où une douzaine d’adultes fatigués scrutent un écran pendant qu’un chef de projet s'interroge s’il ne serait pas sage « d’embarquer davantage les équipes sur la vision cible ». Chacun hoche la tête, personne ne comprend vraiment, mais tous semblent absorbés dans leur rôle.

La fin de la responsabilité

Ce qui est fascinant, c'est la façon dont le jargon moderne efface toute prise de décision personnelle. Plus personne ne prend de décision ; ce sont « les process » qui dictent tout. Plus de refus, car le « timing n’est pas bon ». Les échecs sont relégués à l’arrière-plan, décrits comme un projet qui « n’a pas rencontré son marché ». Cette langue devient un épais nuage de brouillard, empêchant l'humanité d'exprimer clairement ses pensées.

Finalement, ces expressions pourraient, à leur tour, raconter une histoire plus mélancolique. Elles flattent la médiocrité tout en évitant toute audace. Il est vrai que nos ancêtres affirmaient simplement : « Cela ne marchera jamais », tandis qu’aujourd'hui, l’on préfère reformuler cela en « repenser les paradigmes opérationnels dans une logique agile. » Même l'échec a perdu son honnêteté.

Peut-être qu'un jour, quelqu'un, en plein visioconférence, se lèvera et proclamera : « Écoutez, tout cela est absurde. » À ce moment-là, la France retrouvera peut-être l'élan du vivant. Mais cela semble peu compatible avec la notion de « start-up nation ».

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