La France observait vendredi la diminution de son premier épisode de forte chaleur de l'année, marquée par une baisse des températures dans le nord-ouest, tandis que cette montée précoce des thermomètres suscite des critiques concernant l'impréparation des autorités.
Samedi, 10 départements étaient encore placés en vigilance orange, un chiffre en légère baisse par rapport à vendredi, avec la Loire-Atlantique qui est redevenue jaune, selon Météo-France.
"Si les prévisions se maintiennent, dimanche matin, la carte pourrait afficher du vert, signifiant la fin de la canicule," a expliqué Clémence Pierangelo, prévisionniste chez Météo-France, lors d'une conférence de presse.
"Plus de la moitié du pays a enregistré au moins un record de chaleur, que ce soit minimale ou maximale, et c'est colossal," a souligné Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France, insistant sur le caractère inédit de cette situation.
Cette flambée des températures, parfois de 10 à 15 degrés au-dessus des normales, a déjà causé plusieurs décès, selon les autorités. De plus, elle incite entreprises, particuliers et administrations à repenser leurs habitudes.
À Rezé (Loire-Atlantique), par exemple, le proviseur de deux lycées a choisi de transférer tous les cours de l'après-midi en distanciel pour garantir la sécurité des élèves.
Dans le Nord, à Sercus, la productrice de lait Nadège Poumaere met en œuvre des solutions ingénieuses pour maintenir ses 130 vaches au frais, en utilisant des ventilateurs et en arrosant ses animaux. Dans quelques semaines, elle compte installer des rideaux occultants, un investissement de 40 000 euros.
En ce qui concerne les transports, la SNCF a annulé plusieurs trains reliant Paris au Sud-Ouest et Bordeaux à Marseille, redoutant des pannes de climatisation. À Bordeaux, les lignes de tramway ont été immobilisées pendant près de deux heures vendredi matin en raison d'une coupure d'électricité liée à la chaleur.
Dans une visite à un chantier dans les Yvelines, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a exprimé sa confiance envers les entreprises du BTP pour assurer la sécurité de leurs ouvriers face à cette vague de chaleur, précisant que des recommandations actualisées seraient publiées la semaine prochaine.
- Orages en perspective -
Vendredi, les températures ont commencé à diminuer à l'ouest, atteignant 20 degrés à Brest, contre 29°C la veille. Cependant, d'autres régions, notamment le Centre-Ouest et le Nord/Nord-Est, ont continué de subir des chaleurs élevés, avec un pic potentiel à Paris et Lille.
Ce phénomène caniculaire précoce a porté l'indicateur thermique national à un niveau record pour une fin mai (24,9°C), tandis qu'un nouveau record pour mai a été enregistré jeudi à 37,8°C en Charente.
La chaleur devrait persister samedi du Centre à la vallée du Rhône, alors que des orages "assez intenses" pourraient débuter entre Poitou-Charentes, la région parisienne et le Benelux.
- Les critiques politiques se multiplient -
Taxé d'impréparation par l'opposition, le gouvernement a défendu son approche. Lors d'une réunion, le Premier ministre Sébastien Lecornu a souligné que ce n'était pas seulement à l'État de gérer cette crise, notamment concernant les infrastructures scolaires, qui relèvent des collectivités.
Evan Malczyk, adjoint à la cheffe de service au ministère de la Santé, a jugé la réponse du terrain "robuste" face à cet épisode caniculaire. D'autre part, le ministre délégué à la Transition énergétique, Mathieu Lefevre, a rappelé l'importance d'une adaptation continue aux changements climatiques. Il a évoqué les efforts initiaux, via des fonds verts, consacrés à cette adaptation.
Cependant, Mathilde Panot (Insoumis) et Patrick Kanner (PS) ont exprimé des préoccupations quant à l'insuffisance des plans d'adaptation nécessaires aux enjeux climatiques, alors que le Rassemblement National a plaidé pour un grand plan de climatisation.
- Pollution et changements climatiques -
Cet épisode caniculaire est le résultat d'un "dôme de chaleur" persistant sur l'Europe de l'Ouest, qui bloque l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord. D'autres pays comme l'Italie, le Royaume-Uni et le Portugal subissent aussi des températures records pour la saison.
Sous l'effet du changement climatique, ces vagues de chaleur, jadis rares, deviennent de plus en plus fréquentes et intenses. Les prévisions climatiques envisagent un réchauffement moyen de 2,7°C en France d'ici 2050.







