Les phrases comme "scaler en mode agile" ou "vision 360°" peuvent sembler flatteuses, mais leur portée réelle semble limitée. Littrell, docteur en psychologie à l'Université Cornell, a développé un générateur de discours creux pour tester l'impact de ces jargons sur les travailleurs. Les résultats sont troublants : les employés qui trouvent ces phrases inspirantes obtiennent de moins bons scores en matière de prise de décision.
Pour en arriver à cette conclusion, Littrell a soumis 1.000 salariés à diverses phrases générées aléatoirement. Ceux qui y réagissaient le plus positivement étaient également les moins efficaces dans des scénarios décisionnels.
"Ceux sensibles à ce verbiage ont tendance à choisir les pires solutions face à des problèmes", explique Littrell, cité par Le Guardian.
Le fléau du bullshit corporate
Ce phénomène, souvent qualifié de "bullshit corporate", est une communication empreinte de jargon qui peut emprisonner ceux qui y adhèrent. Les salariés affectés par ce langage manquent souvent d'esprit critique et d'analyse, ce qui peut conduire à une diffusion de fausses informations et à une tendance à croire aux théories du complot, comme l'indiquent plusieurs études scientifiques.
Fait surprenant, les employés qui rapportent que ce jargon est courant dans leur entreprise sont ceux qui le reproduisent le plus. Pour Littrell, cela reflète une forme de cynisme ou de frustration à l'égard de leur environnement de travail.
Une culture d'entreprise contreproductive
Le chercheur met en garde sur les conséquences néfastes de cette culture managériale : le "bullshit" pourrait nuire à la performance organisationnelle et inciter les employés qualifiés à quitter leur poste. Ces discourses ambigus obscurcissent la communication et rendent difficile le partage d'une vision claire au sein de l'entreprise. Des études montrent que ceux qui sont sensibles à ce type de langage peuvent, paradoxalement, trouver leurs supérieurs plus charismatiques et inspirants. Cependant, le besoin de projeter une image impressionnante tend à se traduire par une utilisation toujours plus fréquente du jargon."
En conclusion, selon Shane Littrell, « n’importe qui peut se laisser berner, et nos préjugés peuvent nous rendre vulnérables à des discours séduisants mais creux », illustrant ainsi les dangers d’un jargon managérial omniprésent.







