"Qu'avez-vous fait ces trois dernières années ?", demande un recruteur à un ancien détenu lors d'un entretien d'embauche fictif. Les obstacles tels que les antécédents judiciaires et les vides dans le CV compliquent le retour à l'emploi, pourtant essentiel pour la réinsertion.
Lotfi, 23 ans et en semi-liberté, partage son histoire : "J'ai été incarcéré pour trafic de stupéfiants. C'était une erreur de parcours." Cette scène se déroule chez Norauto, à Villeneuve-d'Ascq près de Lille, où six anciens détenus participent à un événement organisé par la Fondation M6, dédiée à la réinsertion des personnes sous main de justice.
Khalifa, 27 ans et sous bracelet électronique après plusieurs incarcérations, exprime son désir de changement : "Vous, on vous appelle les gens normaux. C'est essentiel d'interagir avec eux. Rester isolé ne mène à rien." Les participants bénéficient de conseils précieux sur la rédaction d'un CV et la préparation d'entretiens, affrontant des questions délicates sur leur passé criminel.
Khalifa partage son ressenti : "Après la prison, on nous laisse nous débrouiller seuls. C'est un grand vide." Hésitant à dévoiler son passé lors des recrutements, il témoigne de l'urgence de sa situation : "Sans travail, tu risques de replonger."
Pour Lotfi, la peur de la récidive est omniprésente. Il aspire à devenir coach sportif, conscient que sa situation actuelle peut le remettre sur le droit chemin : "Je veux que ma mère soit fière de moi." Les conseillers encouragent la transparence lors des entretiens, soulignant que des personnes prêtes à assumer leurs erreurs peuvent séduire les employeurs.
Yvana, 28 ans, anciennement rêveuse d'être aide-soignante, se retrouve limitée par son passé : "À cause de mon casier, je ne peux plus exercer." Maintenant en quête d'un emploi dans la restauration, elle se heurte à l'absence de retours, malgré ses nombreuses candidatures.
Les statistiques de la Fondation M6 montrent que près de 60 % des libérés récidivent dans les cinq années suivant leur sortie de prison. Emmanuelle Tanneau, déléguée générale de la fondation, affirme que l'emploi est "le point d'entrée pour éviter la récidive". Cependant, de nombreux obstacles subsistent, souligne-t-elle, ajoutant que ces individus se sentent souvent stigmatisés.
Des événements similaires se tiennent régulièrement, avec la participation d'entreprises comme Carrefour ou Saint-Gobain, dans le but d'établir un pont entre le monde du travail et celui de la prison. Dorothée Merlot, directrice des ressources humaines chez Norauto, souligne la responsabilité sociale des entreprises en offrant des opportunités aux personnes éloignées de l'emploi.
À la fin de la journée, Hélène Rodde, responsable des ressources humaines chez Norauto, exprime sa reconnaissance pour le courage des participants à vouloir se reconstruire. "Ce qu'ils expriment, c'est surtout le vide qui les attend à la sortie de prison, mais ce vide peut être comblé par de nouvelles perspectives."







