"Beaucoup sont déjà morts", raconte un mineur d'or dans les mines de Mongbwalu, un des foyers d'épidémie de la maladie Ebola dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré la peur, ces travailleurs forcent la main à la mortalité pour survivre.
La RDC est confrontée à sa 17e épidémie de fièvre hémorragique, déclarée le 15 mai. Bien que les derniers rapports font état de plus de 250 décès et d'un millier de cas, l'ampleur réelle des dégâts est difficile à cerner, compte tenu des conditions chaotiques sur le terrain.
Le virus s'est propagé rapidement après une série de décès mystérieux à Mongbwalu, dans la province de l'Ituri. "On nous parle de mesures barrières, mais notre travail nous oblige à être en contact constant", affirme Justin Uketi, un mineur artisanal. Le paysage de Mongbwalu, marqué par des crevasses profondes, est exploré sans relâche par ces travailleurs épuisés.
De nombreux mineurs, venant de provinces éloignées et même de pays voisins comme l'Ouganda, se battent pour gagner quelques centaines de dollars par semaine. Ces déplacements massifs de population ne font qu'aggraver la propagation du virus, comme l'ont signalé les autorités sanitaires.
Jeannette Akelo, une mère de sept enfants, explique que les creuseurs n'ont d'autre choix que de travailler : "C’est une question de survie". "Nous savons qu'Ebola est réel et cela nous fait peur, mais que ferons-nous si nous ne travaillons pas ?" interpelle Justin Okaume, un autre creuseur.
La Croix-Rouge tente d’endiguer la propagation en intervenant régulièrement pour récupérer des corps, tentant de prévenir la transmission post-mortem du virus. Les derniers chiffres indiquent que 209 personnes ont été infectées à Mongbwalu, dont 89 sont malheureusement décédées, selon le Dr Richard Lokudu.
Les premiers mineurs se dirigent vers les puits dès l'aube pour éviter la chaleur écrasante. Les femmes, les cheveux soigneusement rassemblés, se préparent à une journée de travail difficile. Dans cette région, la majorité de l'or est extraite par des méthodes artisanales. Les mineurs ne sont souvent pas conscients des dangers qu’ils encourent : "On ne sait pas qui est contaminé", se préoccupe Jean-Baptiste Liwawi, qui essaie des remèdes traditionnels pour se protéger.
Un grand nombre de malades choisissent de consulter des guérisseurs traditionnels, se méfiant des hôpitaux, selon les opinions de la Fondation Médecins Sans Frontières. Cette précaution est alimentée par l’instabilité perpétuelle de la région, où les violences de groupes armés ont laissé leurs marques.
Les milices communautaires contrôlent presque tous les gisements aurifères, en tirant d'importants bénéfices. Cependant, l'exploitation illégale de l'or, souvent acheminée au marché noir en Ouganda, complique la situation. La RDC lutte contre de nombreux défis, notamment les éboulements, les asphyxies et les conflits armés dans cette quête de richesse.
Dans ce climat de peur, Justin Uketi résume ce combat incessant : "C'est Dieu qui nous protège", déclare-t-il, une phrase qui trahit la résignation face à une réalité accablante. La ville continue de frémir d'activité, alors que, malgré Ebola, les négociants s'affairent, portant à preuve que l'appât du gain demeure plus fort que tout.







