L'essentiel
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a donné une semaine à la Biélorussie pour démanteler des antennes-relais soupçonnées d'être utilisées par les drones russes. Dans le cas contraire, Kiev menace d'intervenir. Cet avertissement inédit révèle une dégradation des relations entre l'Ukraine et la Biélorussie. Selon Olivier Kempf, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, cette démarche pourrait symboliser un renforcement de la posture ukrainienne ou viser à étendre le conflit.
Les tensions se sont intensifiées entre Kiev et Minsk. Volodymyr Zelensky a adressé un ultimatum à Alexandre Loukachenko, l’accusant de permettre l’utilisation d’infrastructures biélorusses pour des frappes de drones russes. Cette mise en garde survient alors que l’Ukraine fait face à de réelles menaces provenant du voisin biélorusse.
Les autorités ukrainiennes affirment que quatre antennes-relais situées en Biélorussie servent à guider les attaques de drones russes, notamment lors d'assauts ciblant les infrastructures énergétiques et ferroviaires ukrainiennes.
Une escalade assumée par Kiev
Face à cette situation alarmante, Zelensky a exigé le démantèlement des installations en une semaine, déclarant : "Qu'il les retire et nous prouve qu'elles ont été retirées". À défaut, l'Ukraine envisage d'agir elle-même pour neutraliser ces menaces.
Cependant, depuis le début du conflit, Kiev accuse Minsk de soutenir activement l'armée russe. Il est à noter que les troupes de Moscou avaient déjà lancé leur offensive contre Kiev depuis le territoire biélorusse en février 2022. Le régime de Loukachenko continue d'approfondir ces liens militaires avec la Russie, en accueillant notamment des infrastructures stratégiques, ainsi qu'en permettant le déploiement d'armements nucléaires sur son sol.
Un durcissement ukrainien qui interroge
Pour Olivier Kempf, la Biélorussie joue un rôle évident, même indirect, dans le conflit. Selon lui, même si le rôle de Minsk est perçu comme passif, il pourrait s'agir d'une base avancée pour la Russie. Les équipements en question, qualifiés de "stations de radar et de communications", sont stratégiquement importants, mais leur absence ne déterminerait pas le succès des forces russes sur le terrain.
Même si Loukachenko a affirmé que la Biélorussie ne s'engagerait pas directement dans la guerre, l'Ukraine considère que le soutien de Minsk à Moscou a franchi une ligne critique. Cependant, cette ferme position suscite des interrogations. "L'Ukraine n'est pas dans une situation favorable", souligne Kempf, en rappelant les défis militaires et économiques auxquels fait face le pays.
Une volonté ukrainienne de généraliser ce conflit ?
Kempf propose deux interprétations possibles de la position de l'Ukraine : soit la confiance a été retrouvée, soit le gouvernement agit par nervosité stratégique. "Les deux hypothèses se tiennent", précise-t-il, ajoutant que l'Ukraine pourrait chercher à élargir le conflit pour maintenir le soutien de ses alliés européens face aux retards d'aide militaire occidentale.
La Biélorussie ne veut certainement pas être entraînée dans ce conflit
Olivier Kempf est sceptique quant à une entrée en guerre de la Biélorussie, affirmant que ce pays souhaite éviter d’être impliqué dans le conflit. Il doute également qu'une démarche de démantèlement des antennes soit envisagée par Minsk, qui dépend beaucoup de son alliance avec la Russie.
Enfin, une frappe ukrainienne sur le territoire biélorusse présenterait des risques politiques pour Zelensky, qui risquerait d'être perçu comme l'agresseur. En agissant ainsi, il pourrait perdre la légitimité de sa propre cause, où la Russie est actuellement désignée comme l'agresseur. Cette dynamique complexe met en lumière les enjeux stratégiques auxquels l'Ukraine doit faire face dans un contexte militaire fragile.







