L'Allemagne affiche sa détermination à ne pas céder aux pressions des États-Unis, qui ont initié une enquête visant à évaluer si le pays paie un prix juste pour ses médicaments. Ces allégations de pratiques commerciales déloyales ont été qualifiées de "sans fondement" par le gouvernement allemand, dans une déclaration faite à l'agence Bloomberg. Donald Trump utilise fréquemment la menace de nouveaux tarifs douaniers pour inciter les entreprises à établir des usines aux États-Unis et à faire baisser les coûts des médicaments dans son pays.
"La décision concernant le remboursement des médicaments modernes et innovants appartient à notre souveraineté nationale. Nous sommes prêts à partager les informations avec les États-Unis si nécessaire", a affirmé le chancelier Friedrich Merz, tout en appelant Washington à maintenir les accords commerciaux existants entre l'Europe et les États-Unis.
Berlin s'engage donc à poursuivre ses efforts pour maîtriser le coût des médicaments. Actuellement, le gouvernement met en œuvre une réforme de son système d'assurance maladie, le plus coûteux d'Europe, afin de limiter un déficit qui pourrait atteindre 40 milliards d'euros d'ici 2030.
Pressions des industriels de la santé
Chaque année, l'Allemagne consacre 500 milliards d'euros à ses soins de santé, représentant 12,4% de son PIB, contre 11,5% en France et 10% en moyenne dans l'UE. Pour répondre aux défis actuels, la réforme induit notamment une augmentation des frais à la charge des patients et des mesures visant à réguler les prix auprès des fabricants.
"La viabilité financière de notre système d’assurance maladie est en jeu, ce qui nécessite une action urgente de toutes les parties impliquées, afin de stabiliser les taux de cotisation et les coûts globaux", souligne le ministère de la Santé.
Outre les enjeux américains, le gouvernement allemand est confronté à des pressions de la part des grandes entreprises pharmaceutiques. Ces dernières mènent un lobbying intensif et menacent de réduire leurs investissements en Allemagne, tout en envisageant de ne plus commercialiser leurs produits les plus novateurs dans le pays. Pas plus tard qu’hier, l'américain Eli Lilly a annoncé une réduction de moitié d'un projet d'usine en Allemagne, bien que cet investissement soit estimé à 2,5 milliards de dollars, précisant qu'il pourrait rediriger cet investissement vers la Pennsylvanie, aux États-Unis.
En avril dernier, les États-Unis avaient réussi à convaincre le Royaume-Uni de signer un accord sur les médicaments, engageant Londres à payer des prix plus élevés pour certains d'entre eux, en échange d'une lutte contre l'augmentation des taxes douanières.







