Le long et tumultueux parcours de la Sagrada Familia, qui approche de son terme, sera célébré ce mercredi 10 juin par une inauguration officielle en présence du pape Léon XIV. Alors que l'église, qui culmine à 172,5 mètres, commencera une nouvelle ère, elle coïncide étrangement avec le centenaire de la mort de son architecte emblématique, Antoni Gaudí, 144 ans après la première pierre.
« Mon client n'est pas pressé », disait souvent Gaudí avec une touche d'humour, soulignant ainsi son engagement envers cette œuvre divine.
Des temps de construction réduits
À l'époque, les projets de grandes cathédrales prenaient généralement moins de temps que pour la Sagrada Familia. La cathédrale Saint-Patrick à New York a été achevée en 23 ans, et la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon s'est ouverte 12 ans après son lancement.
José Maria Bocabella, un libraire passionné et promoteur du projet, a réussi à rassembler des fonds rapidement et a confié la première phase à Francisco de Paula del Villar en 1881. Ce dernier, jugé trop limité, a cédé sa place à Gaudí un an plus tard.
La mort brutale d'Antoni Gaudí
Antoni Gaudí, alors âgé de 30 ans, a pris les rênes du projet en 1883. Il proposait un temple aux formes spectaculaires et symboliques. La chapelle Saint Joseph dans la crypte a pu accueillir sa première messe dès 1885.
Le chantier a pris une tournure tragique le 7 juin 1926, lorsque Gaudí est mort à la suite d'un accident de tramway. À ce moment-là, plusieurs structures étaient déjà en construction, témoignant de la vision avancée de l'architecte.
Isabelle Morin Loutrel, experte en conservation, souligne les défis financiers auxquels était confronté le projet du vivant de Gaudí, aggravés par les tensions politiques de l’époque. De nombreux Barcelonais, alors plus libéraux, voyaient dans la basilique un symbole de conservatisme.
Le coup d'arrêt de la guerre civile
Après la mort de Gaudí, son protégé, Domènec Sugranyes, a tenté de poursuivre l'œuvre. Cependant, la guerre civile espagnole de 1936 a stoppé brutalement les travaux, entraînant la destruction de plusieurs plans et documents essentiels.
Ce n'est qu'après la guerre, sous la supervision de Francesc de Paula Quintana, que le chantier a repris, majoritairement financé par des dons privés.
Une basilique fonctionnelle en 2010
La Sagrada Familia a commencé à prendre forme à la fin des années 90 et est devenue une destination touristique majeure, attirant entre 4 et 5 millions de visiteurs chaque année. Les bénéfices générés par la vente des billets ont permis de financer les travaux.
Le coup d'arrêt de la pandémie
Lors de la pandémie de Covid-19, le chantier a subi un coup d'arrêt imprévu. Les confinements ont ralenti les progrès et décalé l'échéancier de plusieurs années pour l'achèvement du monument emblématique.
Pas terminé en 2032
Alors que les célébrations du centenaire de la mort de Gaudí se profilent en 2032, l'architecte actuel, Jordi Fauli, reconnaît que l'œuvre ne sera pas achevée. Les défis demeurent nombreux, incluant un projet controversé de voie d'accès qui pourrait entraîner la démolition de plusieurs bâtiments résidentiels.
« Je pense qu'Antoni Gaudí reconnaîtrait son œuvre, même si elle a été réalisée avec des techniques modernes », a déclaré Fauli, tandis que les critiques continuent de s'interroger sur la direction actuelle du chantier.







