Ce mardi 9 juin, les salariés de Randstad Digital se sont rassemblés devant leur siège à Issy-les-Moulineaux pour exprimer leur mécontentement suite à l'annonce du rachat de leur entreprise par la société indienne LTM. Vêtus de t-shirts vertement estampillés « rachat mondial, casse sociale locale », ils dénoncent une stratégie qui pourrait entraîner un dumping social et des suppressions d'emplois, justifiées par le développement de l'intelligence artificielle (IA).
Richard Kranenwitter, délégué syndical de la CGT, a affirmé : « Un rachat comme celui-ci nécessite cinq ans de préparation. La direction peut nous dire ce qu’elle veut, on sait que tout a été calculé ». Il atteste que la réduction des effectifs, qui a conduit au départ de 1 500 employés depuis début 2023, semble avoir été planifiée pour faciliter cette acquisition. L'absence de nombreux collègues ce jour-là alimente les soupçons en ce sens.
Élisabeth Ornago de l'UD CGT 92 alerte quant à la situation des employés : « Ils veulent assécher les emplois en France au profit d’une main-d’œuvre internationale à faible coût ». En effet, la différence salariale est saisissante : un ingénieur français perçoit en moyenne 40 000 à 50 000 euros par an, tandis que ses homologues indiens touchent entre 300 et 500 euros par mois.
LTM, de son côté, justifie cette opération comme une transformation numérique axée sur l'IA, soutenant que les centres d'activités à faible coût en Inde, en Roumanie ou au Portugal permettront d'améliorer les opérations. Kranenwitter, cependant, conteste cette vision, déclarant que l'IA devient un « prétexte pour délocaliser ».
Les craintes croissantes des salariés
Lors de la mobilisation, une ambiance de lutte se faisait entendre malgré le bruit ambiant d'un chantier voisin. Les chansons contestataires, comme Bosser huit heures de Trust, résonnaient parmi les manifestants. Toutefois, une ingénieure a avoué : « Nous n’avons pas cette culture de la lutte. Le plus gros défi va être de réussir à mobiliser les salariés ». Le turnover élevé dans le secteur complique la situation.
La tension monte, notamment parmi les salariés en intercontrat, qui sont en recherche d'une nouvelle mission. Kranenwitter souligne que l'IA pourrait être utilisée pour justifier des coupes dans ces postes. Les syndicats craignent que cette stratégie impacte non seulement les emplois, mais également les familles de ces travailleurs.
Romain Debard, salarié à Toulouse, avertit que la situation sera particulièrement difficile dans les petites villes où le marché de l’emploi est plus restreint. La secrétaire générale de la CGT intérim, Laetitia Gomez, se montre pessimiste, craignant une généralisation des suppressions d'emplois liée à l'IA. Elle déclare : « La boîte de Pandore est ouverte ».
François Ruffin, député et candidat à la présidentielle, a fait une apparition au rassemblement, exprimant son soutien aux employés : « Vous êtes la pointe avancée d’un mouvement qui va fracasser la société ». Il a mis en lumière l'indifférence des politiques face aux enjeux technologiques actuels.
Au fur et à mesure que l'événement progressait, le débat se concentrait autour de Venu Lambu, l'ancien directeur général de Randstad Digital et actuel PDG de LTM. Les salariés y voient un lien évident avec les manœuvres orchestrées en coulisses. Pour l’instant, la priorité des manifestants demeure la sensibilisation face à cette menace imminente, tout en affirmant leur détermination à se battre ensemble contre cette situation.







