Causeur. À l’approche de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon évoque son projet de « Nouvelle France », un terme qui a une résonance historique pour Québec, autrefois Nouvelle-France. Ce choix est-il un clin d'œil à ce passé commun ?
Mathieu Bock-Côté. Pour ma part, je vois cela comme une forme d'appropriation culturelle ! (Rires.) La mémoire de la Nouvelle-France est indissociable de l’identité québécoise ; elle est omniprésente, ne serait-ce qu’avec des monuments comme le pont Samuel-De Champlain à Montréal. Quand des projets de renommage sont proposés, comme celui de le rebaptiser d'après un athlète, l'émotion populaire s'exprime clairement. Bien que notre lien avec la France soit ancien, notre langue et notre culture demeurent profondément enracinées. Ce que Mélenchon propose, c’est un projet d'effacement plutôt qu’un rayonnement français.
Vous présentez un tableau plutôt positif de votre passé colonial. Est-ce partagé au Québec ?
Historiquement, les Québécois ont eu des ressentiments envers la France, non pas pour la colonisation, mais pour son abandon après la guerre de Sept Ans, préférant garder les Antilles. Des voix comme celle de Michelet ont souffert de ce constat, mais depuis la célèbre déclaration de de Gaulle « Vive le Québec libre » en 1967, les relations se sont apaisées. Sa visite est encore un moment émouvant pour beaucoup.
Et comment les Amérindiens perçoivent-ils ce passé colonial ?
Dès le début, les colons français ont agi différemment des Anglais. Ils ont constitué des alliances avec divers groupes amérindiens. Leur résistance lors de la guerre de Conquête montre que cette histoire complexe a des nuances, notamment avec le peuple métis au Canada, dont le chef Louis Riel a proposé des révoltes significatives.
À propos de la France, comment percevez-vous le risque d’effacement de son identité ?
Je crois qu'il serait peut-être trop tard dans quelques décades pour au moins retourner la tendance. Le poids de l’immigration pourrait déplacer le récit de la France, en l'orientant vers une expansion du Sud global, comme l’ont fait d'autres nations.
Mais pourquoi êtes-vous en France si vous crains son effacement ?
La France est encore magnifique et pleine de promesses. Sa culture, son élégance, et surtout, ce sens de l’amitié si typique, sont exaltants. Il existe une vitalité et un désir d’interaction que je trouve captivants et qui enrichissent la société.
Sûrement ce déclin est douloureux.
La décadence est un phénomène commun en Occident. La France traverse des turbulences, mais ces maux sont présents ailleurs. Ce défi rappelle que des changements démographiques et politiques engendrent des tensions qui méritent d'être étudiées. Ce contexte d'effritement nous fait également ignorer les réalités du débat public.
Craignez-vous un déchirement tribale ?
Pas de conflit tribale par nature, mais plutôt une reconfiguration des populations en France, influencée par l’évolution politique. Les institutions sont solides et devraient amortir toute crise sévère.
Un parti anti-immigration pourrait-il changer la dynamique ?
Si ces voix arrivaient au pouvoir, un changement pourrait survenir. Toutefois, l’unité du mouvement est essentielle pour artisaner ce changement. Le camp politique doit se rassembler et reconnaître sa diversité pour espérer infirmer dans le débat public.
Et pour le Québec, comment envisagez-vous l'avenir ?
Francis Fukuyama a posé une pierre angulaire avec l'idée de « la fin de l'Histoire ». Cependant, il considère que l’indépendance du Québec pourrait inverser cette logique, prouvant que le désir d'identité peut l'emporter sur le rationnel. Une opportunité qui pourrait offrir une nouvelle vision de l'avenir pour la Nouvelle-France authentique.







