Ce jour, la Commission européenne tient un séminaire sur les surcapacités industrielles d'origine chinoise. Si le sujet est pertinent, il pourrait être abordé sous un autre angle.
Répondre à l'offensive industrielle chinoise ne nécessite pas uniquement d'entraver ses exportations vers l'Europe. Encourager la Chine à établir ses usines en Europe pourrait s'avérer tout aussi efficace.
Cette tendance est déjà en marche. Dans le secteur automobile, on recense une douzaine de projets d'investissement chinois actifs ce semestre sur le vieux continent.
Aujourd'hui, la Chine ne se limite plus à être simplement "l'usine du monde" ; elle émerge également comme un investisseur clef. Ainsi, on passe du "made in China" au "made by China".
L'an passé, les investissements directs chinois en Europe ont bondi de 67%, atteignant près de 17 milliards d'euros. La France se positionne désormais au troisième rang des pays européens accueillant ces capitaux, juste derrière l'Allemagne et la Hongrie, selon une analyse de la Le Monde.
Un précédent japonais
Ce phénomène d'investissement soulève des inquiétudes au sein de l'industrie européenne, redoutant d'augmenter la concurrence. Cependant, cette concurrence ne pose pas de problème, tant qu'elle s'exerce dans un cadre équitable.
L'Europe a déjà traversé une période similaire : dans les années 1980, le Japon faisait l'objet de préoccupations analogues. Les grandes marques nippones étaient perçues comme des menaces pour l'industrie occidentale, entraînant la création de quotas.
Quarante ans plus tard, Toyota Motor Corporation, constructeur japonais, est devenu le leader du marché automobile français grâce à son usine de Valenciennes, qui a assemblé près de 300 000 véhicules l'an dernier et créé des milliers d'emplois.
La question se pose : où produisons-nous ?
Le débat ne devrait donc pas se limiter à l'importation, mais s'étendre à la localisation de la production.
Il est probable que le séminaire de Bruxelles ne produise aucune initiative spectaculaire. L'Europe maintient seu surplus commercial, avec un excédent de 365 milliards d'euros l'an dernier. Ainsi, relancer un protectionnisme contemporain affaiblirait ses propres intérêts.
La clé est de déterminer où se trouvent les usines, les chaînes de production, les centres de recherche et les emplois. Privilégier la production locale de véhicules plutôt que leur importation de Shenzhen apparaît être un choix judicieux.
Le rôle stratégique de la Commission devrait consister à générer des emplois locaux, à promouvoir le transfert de technologies et à encourager des partenariats avec l'industrie, afin de maximiser les bénéfices pour l'économie européenne.
En résumé, il s'agit de s'inspirer en partie de la stratégie que la Chine a elle-même appliquée vis-à-vis des entreprises occidentales durant son ouverture économique.
Vigilance stratégique plutôt que fermeture économique
Cette ouverture ne signifie pas le laxisme dans certains secteurs. Les domaines sensibles tels que la défense, les infrastructures critiques ou les données doivent bénéficier d'une protection adéquate.
Il est impératif d'opérer une distinction entre la protection des intérêts vitaux et la tentation du protectionnisme.
L'Europe face à deux orientations : celle d'un continent s'éloignant lentement des investissements étrangers, ou celle d'une Europe capable d'attirer des capitaux en en définissant les règles, pour fortifier son industrie.
Il ne s'agit pas de bloquer les investissements chinois. La véritable question est de savoir si l'Europe est assez confiante en ses capacités pour transformer cela en levier de réindustrialisation.







