À la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, recteur de l'institution, se retrouve en terrain délicat. En ce mardi 10 février, il présente un projet qu’il a mûri pendant des années, visant à démontrer que « l'islam est compatible avec les principes de la République », sans mettrá en cause ni l'un, ni l'autre.
Ce projet prend la forme de l'ouvrage Musulmans en Occident, publié aux éditions Al-Bourouq le même jour. Avec ses presque 900 pages, le livre s'efforce d'explorer comment l'islam pourrait s'intégrer dans le cadre laïque occidental, tout en se voulant à la fois doctrinal et pédagogique, mais également politique.
Le message est clair : cette conciliation ne nécessite aucune remise en question du dogme. Les participants reconnaissent des « points de friction » entre le culte musulman et les règles de la vie en Occident. Cependant, ils se montrent fermes sur le fait que ces tensions ne doivent pas obliger une révision des rituels ou des fondements théologiques. « Ce n’est pas une remise en cause du dogme, des piliers, des rites et du message de l’islam », affirme Hafiz.
Un glossaire pour corriger les idées reçues
Le guide se compose d’un glossaire contenant 200 entrées sur des termes associés à l'islam. Des mots comme charia et laïcité sont analysés pour corriger les « idées reçues », selon Hafiz, qui dénonce leur « instrumentalisation ». Chaque définition est enrichie d’éclairages historiques et religieux. De cette étude naît une « charte islam et citoyenneté », en quinze chapitres, visant à relier « pratique religieuse » et « exigences républicaines ».
Deux commissions, une religieuse et une civile, ont été formées début 2023. Environ cinquante personnalités, incluant responsables religieux et universitaires, ont été consultées. Notons la présence de figures comme Raymond Domenech et Jacques Attali dans la commission civile.
Hafiz mentionne également le philosophe Rémi Brague, qu’il considère comme critique de l’islam. Ce dernier a précisé qu’il n'était pas au courant de son audition dans ce contexte.
« Ce n’est pas à une autorité religieuse de rappeler aux croyants qu’ils doivent respecter la loi »
Les « sources et principes fondamentaux » de l’islam, selon le recteur, contiennent déjà de nombreuses réponses aux tensions contemporaines. Cela signifie qu'il ne s'agit pas de réinterpréter, mais de clarifier. Des sujets complexes comme le port du voile sont abordés avec prudence, où chaque musulmane est encouragée à suivre son propre cheminement personnel concernant sa foi.
Hafiz souligne également que « les individus appliquent volontairement certains principes de la charia dans leur vie personnelle, tant que cela ne contrevient pas aux lois françaises ». Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue au CNRS, adopte un ton critique, qualifiant l'initiative de « formidable coup de communication ».
La discussion sur le port du voile démontre cette position : il est présenté comme une prescription religieuse, mais laissant une marge de manœuvre importante. En cas d’obligation professionnelle, par exemple, le retrait temporaire du voile est admis.
Hafiz conclut : « On explique aux musulmans qu’ils doivent respecter la loi. Mais ce n’est pas à une autorité religieuse de rappeler aux citoyens qu’ils doivent se conformer à la loi ». Un point de vue qui ne manque pas de susciter le débat sur l’équilibre délicat entre religion et législation en France.







