Paris (France) – François Ruffin, lors de son annonce de candidature à la présidence, a énoncé une proposition qui ne passe pas inaperçue : il souhaite se verser un salaire équivalent au Smic, soit 1.800 euros brut par mois. Cette déclaration vise à dénoncer le décalage entre les élus et la population, mais elle soulève également des accusations de populisme.
Ruffin, qui a déjà choisi de s’acquitter d'un salaire au Smic depuis son entrée à l'Assemblée, justifie sa démarche en arguant que le président bénéficie déjà d’avantages matériels tels que le logement et la nourriture, qualifiant son salaire actuel de 16.000 euros brut de "simple argent de poche". Cette idée, bien qu'écorchée par des critiques provenant de l'entourage présidentiel, semble s’inscrire dans un discours plus large sur la nécessité d’une politique plus proche des réalités des citoyens.
Un proche d'Emmanuel Macron a réagi, qualifiant cette initiative de "complet démago". L'ancien président François Hollande a également émis des réserves, soulignant qu'un président doit, avant tout, travailler à améliorer le quotidien des Français plutôt que le sien. Pour lui, cette proposition pourrait être louable, mais cela dépendrait de la capacité d'un président à assumer une fonction aussi exigeante sans les commodités habituelles.
Populisme de gauche
Pour tant d’observateurs, l’idée de Ruffin n’est pas sans rappeler certains responsables politiques atypiques, comme Pepe Mujica, l’ancien président uruguayen qui vivait modestement parmi ses concitoyens. Néanmoins, le politologue Christian Le Bart met en garde contre le risque que Ruffin soit perçu comme un privilégié, rappelant que malgré son mode de vie, sa condition sociale pourrait susciter des interrogations.
Ruffin lui-même ne voit pas cela comme un obstacle. "J'assume être un populiste", déclare-t-il, surtout quand il s'agit de critiquer les élites perçues comme déconnectées des réalités des citoyens. À cet égard, l’historien et politologue Marc Lazar souligne que le populisme implique souvent une critique des élites, mais aussi une simplification excessive des enjeux politiques.
Réponses politiques variées
La proposition de Ruffin s'inscrit dans un contexte où de plus en plus de responsables politiques semblent déconnectés des préoccupations quotidiennes des Français. Ce phénomène a été récemment mis en lumière par des figures comme Sarah Knafo, candidate à la mairie de Paris, qui a révélé son ignorance du prix du passe Navigo, et Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste, qui a lamenté la perte de ses privilèges.
La dynamique actuelle invite à une remise en question des pratiques politiques et le Premier ministre Sébastien Lecornu a d'ailleurs agi en publiant un décret pour supprimer les privilèges "à vie" de certains anciens ministres. Marc Lazar complète en affirmant que la proposition de Ruffin pourrait toucher une corde sensible dans ce contexte, soulignant le besoin d'une plus grande transparence et d'une réduction des écarts de privilèges.
Cette polémique autour de la rémunération des dirigeants rappelle que la question de la rémunération des politiques reste un sujet délicat, oscillant entre nécessité d'une juste compensation et avidité perçue.







