François Ruffin: un président au Smic, entre engagement et populisme

La proposition de Ruffin de salaire minimum pour le président relance le débat sur l'exemplarité.
François Ruffin: un président au Smic, entre engagement et populisme

Le message est clair: un président ne devrait pas toucher un salaire excessif. C'est l'idée défendue par François Ruffin, candidat à l'Élysée, qui a annoncé qu'il se paierait au Smic s'il était élu. Cette proposition soulève déjà des accusations de populisme et de démagogie.

Ruffin, député de la Somme, remet en question le salaire présidentiel, qui s'élève à environ 16 000 euros brut par mois, qu’il considère comme de l'« argent de poche », étant donné que le président bénéficie d'avantages tels que logement, nourriture, et protection. Il envisage donc une rémunération mensuelle de 1 800 euros brut.

Cette annonce s'inscrit dans la continuité de sa pratique depuis son arrivée à l'Assemblée, où il a décidé de vivre avec le salaire minimum.

« Lorsque je me suis lancé en 2017, on m'accusait de vouloir de l'argent. Je voulais prouver que c'était faux », se souvient le fondateur de Debout la France, qui participe au processus des primaires de gauche pour 2027.

Cependant, cette idée ne trouve pas d'écho favorable au sein des proches d'Emmanuel Macron, qui qualifient l'initiative de « complètement démago ». François Hollande, interviewé par l'AFP, juge l'idée « louable » mais souligne ses « limites », en précisant que vivre comme un citoyen lambda à l'Élysée n'est pas envisageable.

Le populisme de gauche soulève des réserves. François Ruffin, grâce à ses succès dans le milieu littéraire et cinématographique, a les ressources pour ne vivre qu'avec un salaire au Smic, ce qui, selon le politologue Christian Le Bart, risque d'attirer des critiques sur ses origines sociales. « Il pourrait bien être perçu comme un privilégié en prônant cette théorie », prévient-il.

Ruffin balaye les accusations de démagogie, affirmant que sa proposition est une question cruciale sur la valorisation des professions politiques. « J'assume ce terme. C'est une question de dénonciation des élites qui ont trahi le pays durant quatre décennies », affirme-t-il.

L'historien et politologue Marc Lazar ajoute que la démagogie va de pair avec le populisme, ce dernier dressant une distinction entre un peuple uni et des élites corrompues.

Ruffin cite en exemple l'ancien président uruguayen Pepe Mujica, qui vivait frugalement tout en exerçant sa fonction, pour soutenir son point de vue. Cependant, il n'est pas le seul à jouer cette carte. En 2016, Donald Trump avait promis de ne pas prendre son salaire s'il était élu président des États-Unis. Plus près de nous, Jean-Michel Aulas, homme d'affaires et ancien patron de l'OL, a annoncé qu'il renoncerait à son salaire s'il devenait maire de Lyon.

Le débat autour de la rémunération des politiques survient dans un contexte où les présidents paraissent de plus en plus déconnectés des réalités des Français. Des exemples l’illustrent, comme lors de la candidature de Sarah Knafo, qui ne connaît pas le tarif du passe Navigo, ou l'ancien ministre Daniel Vaillant, qui se plaint de ne plus avoir de chauffeur après 25 ans d'absence du ministère.

Face à cette déconnexion, le Premier ministre Sébastien Lecornu a récemment signé un décret abolissant les avantages « à vie » des anciens ministres. « Les privilèges des politiques ne sont plus acceptés par la société », note Marc Lazar, ajoutant que « la proposition de Ruffin pourrait trouver un écho favorable dans ce contexte ».

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