Le pont reliant Confort-Meilars à Mahalon s'est effondré en janvier sous les tempêtes hivernales, entraînant la fermeture de la route depuis quatre mois. Le bourg, désormais désert, voit les commerçants tirer la sonnette d'alarme alors que le mois de mai s'installe.
Julien Kergourlay, agriculteur à Elliant depuis une décennie, a repris l'exploitation familiale à 35 ans. À l'occasion de l'examen du projet de loi d'urgence agricole à l'Assemblée, il exprime un profond mécontentement face au fossé entre la réalité de son métier et les exigences politiques et sociétales.
Ferme familiale contre « ferme-usine »
Son exploitation, qui s'étend sur 140 hectares avec deux bâtiments abritant 27 000 poulets et 18 000 pintades, illustre une ferme familiale à capitaux privés, loin des « fermes-usines » souvent critiquées. Julien insiste sur le fait que la taille de ses installations, avec des poulaillers couvrant environ 1000 m², demeure « ridicule » comparée aux standards globaux en Ukraine ou au Brésil.
Malgré cela, il se sent stigmatisé par des réglementations qui assimilent son activité à une industrie lourde, ce qu’il déplore : "On considère mon poulailler comme une usine chimique alors qu'il travaille avec du vivant." Le coût d’un nouveau bâtiment est exorbitant, atteignant près de 700 000 € — un investissement difficilement amortissable sans visibilité économique.
Cette pression incite de nombreux agriculteurs à cesser leur activité : dans un rayon de deux kilomètres, seuls deux poulaillers subsistent sur neuf.
Le paradoxe du consommateur et la pression des importations
Julien affirme que le problème réside dans les attentes contradictoires des consommateurs, qui réclament de la qualité tout en choisissant le prix le plus bas. Il dépeint un constat amer : les supermarchés regorgent de poulets polonais congelés, moins chers car soumis à des normes moins strictes.
Ce phénomène touche même la restauration collective, notamment dans les collèges, où des produits importés font souvent leur apparition. La stratégie de "montée en gamme" (bio, labels), jugée par lui comme un piège économique, aggrave la situation. "Dire qu'il faut manger moins mais mieux, c'est se tirer une balle dans le pied aussi", souligne-t-il. Si la consommation diminue, les producteurs disparaissent.
Pour sa part, Julien a dû abandonner la production bovine bio, car le consommateur n’opte pas pour des prix plus élevés malgré ses exigences en matière d'environnement.
Scepticisme face aux normes et à la loi d'urgence agricole
Le producteur fait état des multiples normes environnementales et sanitaires qui alourdissent les coûts de production des agriculteurs français face à leurs homologues européens. Sur la loi d'urgence agricole, son opinion est mitigée, considérant qu'elle répond de manière déconnectée à la crise actuelle. "Si c’est une urgence, il y a le feu dans la maison ; on est en train de choisir la couleur des jantes du camion de pompier," conclut-il.







