Près de 400 pages pour "sauver l'audiovisuel public" ou pour sa "destruction" ? Tels sont les extrêmes des opinions concernant le rapport du député Charles Alloncle, à paraître prochainement. Les débats autour des conclusions de ce document, attendu lundi soir ou mardi matin, font déjà couler beaucoup d'encre.
Après six mois de débats intenses, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, dédiée à "la neutralité" et "le financement de l'audiovisuel public", a validé ce rapport controversé par 12 voix contre 10, avec huit abstentions. Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, a soutenu cette décision en soulignant que les Français doivent pouvoir juger des méthodes empruntées par certains partis politiques.
Alloncle, craignant une censure, a exprimé sa satisfaction quant à la transparence autour de l'utilisation des fonds publics. Toutefois, une possible modification de la date de parution a été évoquée, indiquant que celui-ci ne serait peut-être pas accessible avant mardi matin, une situation qui suscite déjà des interrogations.
En amont de cette publication, l'affaire prend une tournure judiciaire. L'association AC!! Anti-Corruption a déposé une plainte contre X auprès du Parquet national financier, accusant le rapporteur d'avoir influencé les débats à l'aide de questions suggérées par Lagardère News. L’avocat de l’association, Jérôme Karsenti, a confirmé à l'AFP l'irregularité présumée des pratiques exprimées dans le rapport. Alloncle, quant à lui, a insisté sur le fait qu’il n'avait pas utilisé ces questions.
- Cure d'austérité -
La commission d'enquête, qui a vu le jour suite à une affaire impliquant deux journalistes du service public, ambitionne désormais de réduire significativement le budget de l'audiovisuel public. De récentes fuites ont révélé plusieurs recommandations du rapport qui pourraient entraîner une cure d'austérité pour France Télévisions. Par exemple, la suppression de France 4 et France TV Slash, dédédiées aux jeunes, est suggérée afin de "redéployer les moyens" vers de nouveaux contenus sur les plateformes numériques.
Des fusions sont également envisagées, telles que celle de France 2 et France 5, pour créer une "grande chaîne généraliste". En ce qui concerne le domaine radio, le député propose la suppression de Mouv', dédié à la culture hip-hop. Les économies potentielles totaliseraient plus d'un milliard d'euros, représentant un quart du financement public accordé à l'audiovisuel.
D'autres mesures préconisées par Alloncle incluent l'instauration d'une stricte neutralité pour les figures du service public, ainsi qu'une possible réintroduction des nominations des dirigeants de France Télévisions et Radio France par le Palais de l'Élysée, un retour critiqué comme une régression par certains élus.
- Enjeu pour 2027 -
Alloncle espère qu'en fin de compte, l'audiovisuel public en sortira renforcé, soulignant que dans un an, lors des élections de 2027, il n'y aura pas besoin de privatisation. Une hypothèse que Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a pourtant repompée, plaidant pour la privatisation. Ce dernier soutient un débat national autour de cette question, déjà en marche, au sein de son parti.
Face à cette initiative, la gauche s'insurge et dénonce le rapport comme une accumulation de mensonges et de préjugés. Les Insoumis parlent d'un "pamphlet idéologique". De plus, les écologistes critiquent le député Alloncle pour ne pas appliquer lui-même le principe de neutralité qu'il prône. Les élus du MoDem ont également prévu de soumettre leur propre analyse, en désaccord avec les conclusions de la commission.
Le gouvernement, quant à lui, promet de ne pas rester dans l'immobilisme, notamment à la suite de l'abandon d'un projet de holding commun pour l'audiovisuel. Catherine Pégard, sa successeure, a d'ores et déjà évoqué sa volonté d'accélérer les réformes tout en maintenant une grande ambition. À suivre.







