“Chaque nuit, La Presse, David se réveille en sueur”. Ce père de famille, d’origine moyen-orientale, vit une réalité difficile à Toronto. Dans deux ans, il doit prendre possession de deux condos achetés sur plan, dont la valeur a chuté de presque 30 % à cause des retards de construction dus à la pandémie. Nonobstant cette dépréciation, il lui faudra payer le prix initialement convenu, soit 240 000 dollars canadiens (149 810 euros), somme que son crédit immobilier ne couvre pas. “S'il ne respecte pas son contrat, David risque non seulement de perdre son dépôt de 260 000 dollars, mais également d'être poursuivi”, met en garde l'avocate Gathya Manoharan.

Du jamais vu en trente-cinq ans

La situation de David n’est pas unique. CTV News a rencontré Ami Maknoon, un autre acheteur dans une situation similaire. Il lui faut rassembler 120 000 dollars (74 800 euros) pour finaliser l'achat d’un condo, lui aussi acheté sur plan en 2018, mais qui a perdu 130 000 dollars de sa valeur. “Si je ne trouve pas cette somme, je perds ma mise de fonds et je ne suis pas seul. Des milliers d’autres se retrouvent dans le même contexte”, témoigne-t-il.

Selon un rapport publié le 16 avril par Financial Post, les ventes de condos à Toronto ont chuté de 52 % au premier trimestre de 2026 par rapport à l'année précédente, atteignant leur plus bas niveau depuis 35 ans. Le président d’Urbanation, Shaun Hildebrand, a affirmé : “Nous avons touché le fond”. Pour ajouter à la crise, Toronto Star souligne qu'aucun nouveau projet de condos n'a été lancé durant les trois premiers mois de cette année, un fait sans précédent.

Les répercussions sont profondes. Les promoteurs, comme l’indique Toronto Life, doivent réduire leurs prix pour écouler leur inventaire en surplus. Par ailleurs, le taux d'inoccupation dans la grande région de Toronto a atteint un sommet postpandémique de 5,4 %, à mettre en relation avec une baisse de l’immigration et des loyers. Urbanation souligne que ces tendances sont fortement liées aux règles d’immigration en vigueur.

Pas de reprise en vue

Les professionnels du secteur, comme le rapportent Global News, anticipent un redressement du marché, mais soulignent que “cela prendra des années”. Pendant ce temps, des petites constructions multifamiliales commencent à se faire un nom comme moteur potentiel du marché à Toronto. Un rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement mentionne que pour la première fois, le nombre de logements construits dans des petites unités (3 à 5 logements) a surpassé celui des grandes unités (plus de 100 logements).