Arnaud Robinet, le maire sortant en lice pour sa réélection à Reims, illustre bien cette tendance. Sur ses affiches de campagne, il arbore un sourire et un costume impeccables, mais étonnamment, le logo de son parti est absent.
Bien que Robinet soit le secrétaire national de Horizons et qu'il bénéficie du soutien des partis de droite et du centre, il a décidé de ne pas les mentionner dans sa campagne. "Les Français en ont assez des partis politiques", déclare-t-il, soulignant que l'étiquette importe peu pour cette élection locale.
Une stratégie centrée sur la notoriété personnelle
Sa campagne se concentre donc sur sa propre image. Lors d'une réunion avec son équipe, ses colistiers arboraient des casquettes à son prénom, créant ainsi un concept qu'ils ont nommé "Robinet Spirit", selon son directeur de campagne, le député Xavier Albertini. Ce dernier précise que cette approche est efficace avec une notoriété locale bien établie, comme c'est le cas pour un maire sortant.
Lors de son premier mandat en 2014, Robinet avait misé sur le soutien des partis. "La situation était différente à l'époque", se souvient-il, ajoutant que les clivages politiques étaient beaucoup plus marqués. Selim Sodandji, jeune trentenaire, approuve cette nouvelle méthode, affirmant que les jeunes s'identifient moins aux partis que les générations précédentes. À l'inverse, Lucette Tual, 75 ans, trouve que cette stratégie est "habile mais un peu hypocrite", appelant à une plus grande transparence sur les idées politiques.
Anne-Sophie Frigout, candidate du Rassemblement national, critique Robinet pour cacher ses soutiens. Elle, qui est moins connue à Reims, cherche à afficher clairement son étiquette pour capter les électeurs désireux de voter pour le RN.
La défiance envers les partis politiques
Selon le politologue Rémi Lefebvre, cette stratégie d'éloignement des partis n'est pas nouvelle, mais elle est accentuée par la méfiance croissante envers ces structures. "Se positionner comme un rassembleur et mettre en avant son ancrage local est plus porteur aujourd'hui", analyse-t-il.
Beaucoup de candidats adoptent une approche semblable à celle de Robinet, en reléguant leur affiliation politique au second plan. À Lille, par exemple, Violette Spillebout tente de minimiser son étiquette de Renaissance pour séduire un électorat plus large.
Un phénomène presque généralisé
À Cagnes-sur-Mer, une campagne affichait le slogan "coucou le RN, on cache son logo ?", soulignant les tensions autour de l'affichage politique. La stratégie du Rassemblement national, selon Lefebvre, doit jongler entre la nécessité d'afficher clairement son identité tout en évitant d'être catalogué.
À l'opposé, La France Insoumise privilégie une approche politique de marque. Ses candidats se présentent avec une forte visibilité, soutenus par leur leader Jean-Luc Mélenchon, qui parcourt le pays pour galvaniser ses troupes en vue de l'échéance présidentielle de 2027.







