L'accord de paix de 2016 entre l'État colombien et les ex-Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) garantissait initialement un certain nombre de sièges au Parlement pour les anciens guérilleros. Cependant, lors des prochaines élections législatives, ceux-ci se retrouvent confrontés à une véritable épreuve de la démocratie, car ils doivent recueillir le soutien populaire sans bénéficier de sièges réservés.
La sénatrice Sandra Ramirez, connue sous le nom de Griselda Lobo durant son temps dans la guérilla, est l'une des figures de proue de cette transformation politique. À 63 ans, elle parcourt les rues de Bogota, animant les foules avec des discours passionnés et des manifestations de joie lors d'événements musicaux destinés à attirer l'électorat jeune.
Malgré plus de cinquante ans d'histoire de lutte armée, le chemin vers une coexistence pacifique est semé d'embûches pour les membres de Comunes, le parti qui a émergé de l'accord de 2016. À ce jour, ce groupe a rencontré des échecs notables lors des élections, ne parvenant pas à s'imposer à des niveaux régional ou municipal.
En conséquence, lors de sa campagne, Ramirez met en avant le logo de la coalition de gauche Fuerza Ciudadana, consciente de la stigmatisation persistante qui entoure son passé militaire et celle de ses camarades. Les ex-guérilleros restent en effet sous le poids d'une réputation lourde, marquée par des décennies de conflit violent en Colombie.
"Chercher à obtenir des voix n'est pas une tâche aisée," reconnaît Ramirez, reflet d'un défi plus vaste pour la réintégration des anciens combattants. Seule candidate pour le Sénat issue de son parti, elle doit convaincre un minimum de 750.000 électeurs pour continuer à exercer ses fonctions.
Les précédentes élections de 2018 et 2022, même avec des sièges réservés, avaient vu Comunes obtenir respectivement seulement 0,3 % et 0,1 % des votes. Rafael Quishpe, chercheur aux Universités de Giessen et des Andes, estime que ces élections législatives seront un baromètre clé pour mesurer si les ex-Farc parviennent à ancrer une base politique solide.
Les tensions demeurent vives en Colombie, où une partie significative de la population reste opposée à l'accord de paix. Sandra Ramirez, sur les réseaux sociaux, est souvent la cible de critiques virulentes, qui remettent en cause son passé et la responsabilisent pour des accusations de recrutement de mineurs. Ces enjeux soulignent l'arrière-plan complexe du paysage politique du pays.
Parallèlement, la justice colombienne s'efforce de promouvoir un processus de réconciliation. Le tribunal de paix, issu de l'accord de 2016, prévoit des peines alternatives pour les membres des ex-Farc qui acceptent la responsabilité de leurs crimes et s'engagent à réparer les dommages causés. Récemment, Rodrigo Londoño, ancien dirigeant des Farc, a été condamné à des travaux d'intérêt général pour son rôle dans une série d'enlèvements.
La violence politique demeure, illustrée tragiquement par l'assassinat de figures politiques telles que Miguel Uribe, dont le meurtre est attribué à des groupes dissidents qui continuent d'exercer leur influence. Malgré cela, la détermination de Sandra Ramirez et de Comunes de persévérer dans ce processus de réconciliation se fait sentir, même si elle admet que le chemin reste long.
"Ces huit années au Parlement ont été enrichissantes," déclare-t-elle avec espoir, soulignant l'importance de mettre un terme à ce qu'elle décrit comme la "longue nuit de la guerre". Pour elle, avancer est non seulement possible, mais nécessaire pour l’avenir du pays.







