Un drone circule au-dessus des clients attirés par des réductions sur les chaussures d'hiver. Au centre commercial de Voronej, le groupe "Chamane" présente la technologie qui est devenue omniprésente sur le front ukrainien.
Vêtu de treillis, l’un des opérateurs de drone annonce qu'il part prochainement pour l’Ukraine afin de "défendre (son) pays" face à une agression qui dure depuis quatre ans.
À 500 km au sud de Moscou, Voronej est plus proche du front que de la capitale. La ville, forte d’un million d’habitants, ressent les effets d’un conflit qui se traduit par des attaques fréquentes de drones ukrainiens et un environnement de militarisation croissante.
En attendant son départ, cet opérateur de 19 ans participe à un événement organisé par le "Club cosaque militaro-sportif Berkut", affirmant que son objectif n'est pas nécessairement de convaincre les jeunes de rejoindre l'armée. "Chacun doit choisir son propre chemin selon ses intérêts", témoigne-t-il, se décrivant comme un "patriote".
Le patriotisme s'est fortement ancré dans la société de Voronej, dont le paysage a changé de façon radicale. Des systèmes de défense anti-aérienne apparaissent, camouflés dans les environs, tandis que des fresques murales rendent hommage aux soldats tombés au combat.
Dans le centre-ville, des affiches de propagande incitant à rejoindre l'armée voisinent avec des annonces d'événements culturels.
Les centres de recrutement attirent de nouveaux candidats avec des promesses alléchantes : une prime de 2,5 millions de roubles, environ 27.500 euros. Une nécessité pour l'armée russe, qui a enregistré une baisse des contrats militaires signés l'an dernier.
Lioudmila, 64 ans, fait face à la réalité tragique de son fils, porté disparu depuis quatre mois alors qu'il combattait en Ukraine. "C’est très dur... J’ai de l’espoir, parce que sans espoir...", confie-t-elle, les larmes aux yeux.
Une inquiétude persistante entoure la situation de son fils : est-il capturé ou décédé ? Selon des estimations de médias comme BBC et Mediazona, plus de 153.000 soldats russes ont été tués depuis le début du conflit.
Pour s'occuper, Lioudmila s'implique dans une organisation qui coud des camouflages destinés aux soldats. D'un autre côté, Roman, 48 ans, refuse de rejoindre l'armée, déclarant : "Même pour tout l'or du monde", préférant se concentrer sur la pêche malgré l'angoisse ambiante causée par les alertes aériennes répétées.
"Chaque jour, les sirènes font écho ici. C’est terrifiant", partage-t-il, soulignant les dangers croissants dans son environnement. Des attaques récentes ont causé des blessés dans la région, alimentant la peur collective.
Tatiana Moskalkova, médiatrice pour les droits humains, a récemment souligné que Voronej est régulièrement touchée par des frappes ukrainiennes, montrant à quel point le conflit est devenu une réalité quotidienne pour les habitants.
À travers cette agitation, Mikhaïl, artiste de 28 ans à Voronej, appelle à la paix. Il a créé des plaques en céramique pour rappeler les horreurs de la guerre, mais la plupart ont disparu, ne laissant qu'une seule au "rue de la Paix".
"Avec mon projet, j’ai voulu évoquer les récits de mes aînés. Ils m’ont toujours appris que la guerre est terrible", conclut-il avec un soupir, symbole d'un désir profond de paix dans une ville assombrie par le conflit.







