Le lancement d'une enquête par l'administration Trump contre Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, a été perçu comme une attaque sans précédent à l'égard de l'indépendance de cette institution cruciale. Toutefois, les marchés financiers américains réagissent avec une étonnante apathie, remettant en question la gravité de la situation.
Après l'annonce de l'enquête le 11 janvier, l'indice de volatilité des marchés a légèrement augmenté, mais rapidement retombé à environ 15 %, un niveau relativement bas. "Les marchés semblent avoir considéré cette journée comme un lundi ordinaire", remarque Johannes Petry, spécialiste en économie politique à l'université Goethe à Francfort. Cette nonchalance est d'autant plus surprenante que l'histoire a montré que les interventions politiques dans les banques centrales conduisent souvent à des répercussions économiques désastreuses, comme l'illustre le cas de la Turquie entre 2019 et 2024, où l'administration Erdoğan a changé plusieurs fois de gouverneur de la Banque centrale sans résoudre les problèmes d'inflation.
Les attentes du marché sont pourtant claires : une ingérence politique dans la Fed pourrait signifier des taux d'intérêt plus bas, ce que Trump souhaite. Mais souvent, ces politiques entraînent une inflation galopante, une perspective qui n'enthousiasme guère les investisseurs. "Il est peut-être trop tôt pour mesurer l'impact de ces attaques sur les marchés", avertit Jens van’t Klooster, économiste à l'université d'Amsterdam.
Malgré cette incertitude, certains analystes évoquent un contraste frappant avec la réaction immédiate des investisseurs face à des décisions précédentes de Trump, comme l'imposition de droits de douane. Alexandre Baradez, analyste chez IG France, souligne que la critique bipartite à l'égard des actions de Trump pourrait inciter le Congrès à défendre l'indépendance de la Fed.
Les experts s'accordent à dire qu'il n'existe pas de véritable alternative à l'investissement aux États-Unis. "Les grands fonds d'investissement, comme Blackrock ou Fidelity, n'ont nulle part où aller", déclare Petry. La dépendance à la robustesse des marchés américains amène les investisseurs à fermer les yeux sur des actions qu'ils n'accepteraient pas ailleurs.
En somme, la réaction calme de Wall Street face à des menaces pesant sur la Fed pourrait en réalité cautionner des pratiques pouvant risquer l'équilibre économique du pays. "Les marchés semblent attendre un point de rupture avant d'intervenir", conclut Baradez, suggérant une approbation tacite de la stratégie de Trump, même au détriment de Jerome Powell et de l'indépendance tant appréciée de la Fed.







