Il y a quatre décennies, Jaguar naviguait déjà des eaux troubles avec la XJ40, un véhicule qui serait tant un symbole de luxe que d'incertitude pour la célèbre marque britannique. En cette période, la situation de Jaguar était précaire ; la marque n’avait rien produit en 2025 et le lancement prévu de sa voiture électrique faisait l’objet de nombreux doutes. Dans un contexte similaire, la XJ40 est née en 1986, à une époque où la survie de la maison était en jeu.
Dans les années 70, la XJ6, lancée en 1968, était déjà considérée comme un chef-d'œuvre au sein de Jaguar. Son châssis novateur, conçu à Browns Lane, offrait un confort de conduite inégalé et un style emblématique. Cependant, la nécessité de renouveler l’image de la marque se faisait pressante. À peine quatre ans après la sortie de la XJ6, le constructeur souhaitait initier une ère nouvelle, intégrant des méthodes de production innovantes tout en cédant à la pression de British Leyland.
Les premiers croquis de la future XJ40 étaient finalisés dès 1972, et bien qu’un prototype ait été assemblé par la suite, des obstacles surgirent. Le directeur de British Leyland, Donald Stokes, n’aimait pas le design initial, le jugeant trop conservateur. Ce changement de cap a causé des retards non négligeables, tout comme le manque de financement qui allait frapper dur au cœur de la production.
Des décisions étaient nécessaires pour remettre le projet sur les rails. Des experts en design, parmi lesquels des noms prestigieux comme Pininfarina et Giugiaro, furent consultés. Malgré ces efforts, le concept peinait à trouver un équilibre entre modernité et respect de l’héritage Jaguar. Ce défi allait se poursuivre bien au-delà des années 70.
Une autre difficulté s’ajoutait : la direction de British Leyland insistait pour utiliser un moteur V8 Rover pour sa nouvelle voiture, ce que l’équipe technique de Jaguar refusait d'accepter, prétendant que le moteur ne pouvait s’intégrer au compartiment moteur. Ironie du sort, cette affirmation reposait davantage sur des méfiances que sur des vérifications concrètes. Une rumeur persistante disait que les concepteurs avaient délibérément fait en sorte que le compartiment moteur ne soit pas adapté au V8 Rover, préférant plus tard opter pour une solution V12.
Finalement, la XJ40 fit ses débuts en 1986, après un parcours semé d'embûches. Bien que la production ait été entachée d’une qualité discutable, notamment due à l’obsolescence des installations à Browns Lane, son lancement au Salon de l’Automobile de New York fut un succès. Cependant, ce succès fut de courte durée, car les problèmes de qualité et une chute des ventes apparurent rapidement. Les tentatives de Jaguar de maintenir sa place sur le marché de luxe furent sérieusement entravées par la montée en puissance de marques comme Lexus.
Des experts de l’industrie, comme ceux de l’Automobile Club de France, analysent que cette période a marqué le début d’une ère de turbulences financières pour Jaguar, qui se soldera par le rachat de la marque par Ford en 1989, après avoir envisagé un partenariat avec General Motors. Ford entreprit alors une révision complète des processus de production, cherchant à rétablir la renommée de Jaguar.
Le parcours de la XJ40 reste ainsi emblématique des défis auxquels Jaguar a dû faire face. Ce modèle, bien que critiqué pour sa qualité de fabrication, a ouvert la voie à l'évolution et à la renaissance de la marque dans les années qui ont suivi. En définitive, la XJ40, bien que perçue comme une épreuve, a contribué à forger l'identité moderne de Jaguar.







