La Commission européenne a présenté un projet ambitieux pour simplifier les voyages en train en Europe, prévoyant la création d'un billet et d'une plateforme de réservation uniques.
Le projet, révélé le 13 mai 2026, vise à instaurer un billet unique accessible sur une seule plateforme. Cette initiative a pour objectif de contraindre les compagnies ferroviaires à présenter les offres de leurs concurrents sur Internet afin d'optimiser l'expérience client. Avec cette solution, la Commission entend faciliter la comparaison des prix et l'achat de billets pour des voyages transfrontaliers.
Concrètement, cette mesure obligerait par exemple la SNCF à afficher les trajets Paris-Milan opérés par Trenitalia. « La libre circulation est l’une des plus grandes réussites de l’Europe. Aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape en rendant les déplacements dans les 27 États membres plus simples, plus intelligents et mieux adaptés pour les voyageurs », a déclaré Apostolos Tzitzikostas, le commissaire européen aux Transports.
« Imaginez Lufthansa vendant des billets Ryanair »
Actuellement, les billets sont exclusivement commercialisés par les opérateurs nationaux. La Commission propose de rendre l'accès aux billets obligatoire sur des plateformes de réservation en ligne telles que Trainline, à la demande des opérateurs. Les nouvelles régulations visent notamment les compagnies possédant plus de 50 % de part de marché.
Parallèlement, la Commission souhaite améliorer les droits des passagers, notamment en ce qui concerne les correspondances manquées et l'indemnisation. Une enquête menée par YouGov pour l'ONG Transport et Environnement (T & E) a révélé qu'environ deux tiers des voyageurs renoncent à un trajet en raison de la complexité des réservations.
Ce texte sera soumis aux États membres et au Parlement européen, mais il pourrait rencontrer l'opposition des compagnies nationales. Alberto Mazzola, responsable de la Communauté européenne du rail (CER), critique cette initiative comme une « ingérence sans précédent », en illustrant son propos en pensant à une situation où Lufthansa devrait vendre des billets Ryanair.
Dans un contexte où le réseau ferroviaire est morcelé en 27 systèmes nationaux, la Commission identifie la nécessité d'une simplification pour rendre les voyages plus accessibles et moins coûteux. « Un système ferroviaire à l’échelle européenne requiert des réservations aisées, des correspondances fiables et des droits clairs pour les passagers. Ce n'est qu'à ces conditions que le train pourra devenir une alternative crédible aux vols court-courriers », souligne Vivien Costanzo, eurodéputée social-démocrate allemande.
D'après Eurostat, près de 400 millions d'Européens ont pris l'avion pour des voyages internationaux en 2024, contre 150 millions ayant opté pour le train.
Vers une revalorisation du réseau ferroviaire
Victor Thévenet de T & E voit dans cette initiative une « opportunité » de redorer l'image des voyages en train en Europe et de redynamiser les services. En effet, en 2022, le rail représentait à peine 0,3 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, contre près de 12 % pour l'aviation.
Cependant, entre 1990 et 2021, l'UE a connu un rétrécissement de son réseau ferroviaire de plus de 12 000 km, un fait que les eurodéputés ont dénoncé en 2024, appelant à inverser cette tendance.







