Inquiets de leur avenir et confrontés à des bateaux immobilisés, les pêcheurs en France se sentent "pris à la gorge" face à la flambée des coûts de carburant. À l'issue d'une rencontre avec Catherine Chabaud, la ministre de la Mer, José Jouneau, président du comité régional des pêches des Pays de la Loire, a exprimé l'urgence de la situation : "Le prix du gazole, c'est le détonateur d'une crise déjà latente depuis des années", a-t-il affirmé. Il souligne que l'inquiétude est désormais si forte qu'un sentiment de résignation semble s'installer parmi les professionnels du secteur.
"L'inquiétude, c'est vraiment d'être sur le bord de l'extinction. On a l'impression que les gens sont presque résignés", a expliqué José Jouneau.
Depuis le début des hostilités au Moyen-Orient, le prix du gazole marin est passé de 0,61 à 1,01 euro le litre, selon les données de la Coopération maritime. Cette hausse dramatique a un impact direct sur les revenus : "Nous avons perdu un tiers de nos salaires depuis le début de la crise. Même si la situation est devenue limite rentable, nous devons continuer à travailler avec nos investissements", a précisé Jérémy Rousseau, patron d’un chalutier à Noirmoutier. Tous étaient réunis vendredi aux Sables-d'Olonne pour faire entendre leur voix.
Catherine Chabaud a reconnu l'ampleur du défi : "Ce ne sont pas seulement les entreprises qu'il faut soutenir, mais chaque bateau". Les chiffres sont alarmants : la flotte française a diminué d'un tiers en 25 ans, et la majorité des navires ont plus de 30 ans, ce qui rend le renouvellement essentiel.
Les conséquences de la crise post-Brexit, avec 86 navires retirés de la flotte, aggravent la situation. Lors de la rencontre avec les ministres, Sébastien Lecornu a promis que des mesures concrètes seront annoncées, allant au-delà de simples déclarations.
Des bateaux qui restent à quai
À Boulogne-sur-Mer, des marins peinent à sortir en mer. "En 33 ans de navigation, je n'ai jamais vu ça. C'est très inquiétant. Nous naviguons depuis trois semaines pour zéro euro", a partagé Mathieu Descharles, matelot sur le "Thomas Nicolas II". Son collègue Théo Ramey appelle à un prix plafond pour le gazole, ne dépassant pas 0,70 euro le litre.
Les pêcheurs bretons, de leur côté, plaident pour une aide directe à la pompe, alertant que sans soutien politique clair, la pérennité de leur métier est en danger. Le gouvernement a, pour l’instant, seulement annoncé des mesures pour "soulager la trésorerie" des pêcheurs, sans avancer sur des remises directes à la pompe.
Les experts s'accordent à dire que le coût du gazole représente en moyenne 40 % du chiffre d'affaires des pêcheurs, et les temps sont durs. "Il est impératif d'adapter le cadre réglementaire européen pour soutenir ce secteur vital pour notre souveraineté alimentaire", a conclu Catherine Chabaud.







