L'Arabie saoudite, la Russie et plusieurs autres membres de l'Opep+ ont décidé d'augmenter leurs quotas de production de pétrole de 188 000 barils par jour pour le mois de juin, affichant ainsi leur détermination à maintenir la cohésion du groupe en dépit du départ des Émirats arabes unis (EAU).
Cette annonce, publiée sur le site officiel de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, ne fait cependant pas mention des EAU. Ce silence pourrait indiquer des tensions croissantes entre les membres, comme l'analyse Jorge Leon de Rystad Energy l’indique. "Cela montre une volonté de minimiser les conflits internes tout en projetant une image de stabilité", a-t-il précisé.
- Une production en berne -
Cependant, cette augmentation sur le papier risque de ne pas se traduire par une hausse réelle de la production. Les capacités inexploitables au sein de l'Opep+ se trouvent principalement dans les pays du Golfe, dont les exportations sont actuellement bloquées par les tensions au détroit d'Ormuz, contrôlé par l'Iran depuis le début des conflits au Moyen-Orient.
En mars, la production des membres soumis à des quotas a chuté à 27,68 millions de barils par jour, alors que les quotas totalisaient 36,73 millions, créant un déficit de près de 9 millions de barils, selon Priya Walia, analyste chez Rystad Energy.
Ce déficit est particulièrement marqué chez des pays comme l’Arabie saoudite, l’Irak et bien sûr les EAU, dont la production ne sera plus intégrée aux chiffres de l'alliance.
La Russie, au cœur du groupe et deuxième producteur, semble tirer profit des prix élevés, bien qu’elle lutte pour atteindre ses propres quotas face à un désinvestissement occidental et aux attaques ukrainiennes qui entravent ses opérations.
- L'Opep+ très affaiblie -
Le départ des Émirats représente un tournant majeur pour l'Opep+, plus significatif que les retraits précédents du Qatar ou de l'Angola, selon Amena Bakr de Kpler. Abou Dhabi, étant un acteur clé avec de vastes capacités de production, avait déjà exprimé ses préoccupations concernant ses quotas depuis 2021.
Avec un objectif d'atteindre 5 millions de barils par jour d'ici 2027, bien au-dessus de son quota actuel de 3,447 millions, l'Adnoc (compagnie pétrolière nationale) investit massivement dans ses infrastructures, annonçant récemment des projets d'une valeur de 55 milliards de dollars.
Cette dynamique positionne Abou Dhabi comme un concurrent direct, capable de contrer les impacts des décisions de Ryad et de ses alliés lorsque le marché retrouvera sa stabilité après le déblocage du détroit d'Ormuz.
Le scepticisme demeure, car d'autres pays de l'Opep+ pourraient envisager de suivre l'exemple des Émirats. Le Kazakhstan et l'Irak, régulièrement critiqués pour avoir dépassé leurs quotas, sont sur la liste des pays surveillés.







