Le Produit intérieur brut (PIB) de la France a connu une stagnation au premier trimestre de 2026, selon les premières estimations publiées jeudi par l'Insee. Cette annonce s'avère être une mauvaise surprise qui, curieusement, ne semble pas directement liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, bien qu'elles commencent à influencer l'inflation.
La Banque de France avait encore parié mi-avril sur une croissance de « jusqu'à 0,3 % », tandis que l’Insee avait révisé sa prévision à 0,2 % après un précédent chiffre de 0,3 %. Il est important de noter que cette stagnation suit une période de croissance de 0,2 % au dernier trimestre de 2025 et de 0,9 % tout au long de l'année dernière.
L'Institut national de la statistique évoque un repli inattendu de la construction, qui a chuté de 1,5 %, particulièrement dans les travaux publics. « Nous avons connu un hiver clément, ce qui a entraîné une réduction de la consommation d'énergie et perturbe ainsi la croissance », a commenté Roland Lescure, ministre de l'Économie, sur RTL. Il a également souligné que l'impact du conflit au Moyen-Orient se manifestait déjà dans les comportements d'investissement et de consommation.
De plus, le calendrier électoral a temporairement freiné l'investissement dans les travaux publics des collectivités territoriales, ajoute-t-il.
En total, la demande intérieure (hors variations de stocks) n'a pas contribué à la croissance du PIB durant ce premier trimestre, tandis que la contribution du commerce extérieur s'est révélée « fortement négative ». Il convient de signaler que seules les reconstitutions de stocks, notamment dans le secteur aéronautique, empêche une chute du PIB.
Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, se montre inquiet quant à la persistance des faibles niveaux de consommation des ménages, un « gros point noir » pour la construction. Les prévisions du gouvernement de 0,9 % de croissance pour l'ensemble de 2026, déjà révisées à la baisse de 0,1 point pour tenir compte du conflit, semblent désormais mises à mal. Sylvain Bersinger, fondateur de Bersingéco, anticipe que le blocage du détroit d’Ormuz pourrait réduire cette prévision de 0,3 à 0,6 point.
Cependant, Roland Lescure a tempéré, indiquant qu'il « n'y a pas de raison de mettre une croix » sur cette prévision de croissance. Le conflit, selon lui, reste « très incertain » et d'éventuelles adaptations de prévisions pourraient être envisagées si nécessaire.
L'objectif de 0,9 % demeure « dans la marge d'appréciation possible », a expliqué Fabrice Lenglart, directeur général de l'Insee. Pour atteindre cet objectif, une croissance d'environ 0,25 % est requise à chaque trimestre, ce qui reste réalisable selon lui.
D'autres experts comme Stéphane Colliac de BNP Paribas notent que, au-delà de la construction, d'autres éléments exceptionnels ont pu influer sur cette immobilité du PIB, tels que l'adoption tardive du budget, des livraisons d'Airbus moins significatives en début d'année, ou encore la fin d'un programme de leasing pour les véhicules électriques à destination des ménages modestes.
Il reste à voir si l'Insee révisera à la hausse sa prévision pour ce premier trimestre lors de la publication des résultats détaillés en mai, et si des effets négatifs exceptionnels se corrigeront au deuxième trimestre, ce qui pourrait rendre le chiffre d'une croissance de 0,9 % un objectif atteignable.
Par ailleurs, la guerre semble déjà avoir des effets significatifs en ce début de deuxième trimestre. L'Insee rapporte un sombre climat des affaires en avril, revenant au niveau de juillet 2024, et la confiance des ménages a chuté de façon notable, atteignant son niveau le plus bas depuis le début du conflit en Ukraine.
Enfin, l'inflation a connu un bond, avec le baril de Brent grimpant de 60 dollars à 113,80 dollars en quelques mois. En avril, les prix à la consommation ont augmenté de 2,2 % sur un an, un chiffre supérieur aux prévisions, signalant ainsi le premier impact tangible de la crise géopolitique sur l'économie française, comme l'a confirmé M. Lenglart. Malgré cela, la France semble bénéficier d'une inflation inférieure à celle de ses principaux voisins européens, où l'inflation a atteint 3 % en avril.







