La Banque centrale européenne (BCE) a opté, jeudi, pour le maintien de ses taux directeurs, adoptant une approche mesurée face à la montée des pressions inflationnistes et de la morosité économique dans la zone euro.
Le taux de dépôt s'établit toujours à 2%, un chiffre stable depuis juin dernier. Bien que cette décision ait été anticipée, la BCE souligne que les "risques" associés à une inflation ascendante et une croissance en déclin "se sont amplifiés", comme le stipule le communiqué officiel de l'institution.
L'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'évolution des prix et l'économie à moyen terme dépendra de la durée et de l'intensité des chocs sur le marché énergétique, ainsi que de leurs conséquences indirectes sur les salaires et les prix commerciaux. Plus les conflits s'étendent, plus l’inflation sera soutenue, prévient la BCE.
La BCE reste sans direction précise quant à l'éventualité d'un changement de politique monétaire. Toutefois, elle réaffirme son engagement à stabiliser l'inflation autour de l'objectif de 2% à moyen terme. Le Conseil des gouverneurs assure également qu'il restera vigilant aux évolutions économiques, une annonce qui indique qu'il pourrait agir en cas de détérioration notable.
Les dernières statistiques publiées en plein cœur des discussions de politique monétaire sont préoccupantes : l'inflation a grimpé à 3% en avril, son niveau le plus élevé depuis septembre 2023, alors que la croissance économique a stagné avec une hausse infime de 0,1% au premier trimestre, décevant ainsi les experts. Eurostat a révélé que les fluctuations des prix de l'énergie impactent négativement la consommation des ménages et les investissements des entreprises.
Les indices PMI des directeurs d'achats, en forte chute, laissent entrevoir un possible repli de l'activité économique au deuxième trimestre si la tendance haussière des prix de l'énergie se maintient, affirment les économistes de Commerzbank. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a conduit les discussions dans un climat d'incertitude concernant les négociations de paix entre les États-Unis et l'Iran, toutes deux cruciales pour la stabilité régionale et le coût de l'énergie.
Sur le plan international, d'autres grandes banques centrales, à l'image de la Réserve fédérale américaine qui conserve ses taux entre 3,50% et 3,75%, et de la Banque d'Angleterre, qui maintient son taux à 3,75%, s'inscrivent dans une logique d'attentisme. La conférence de presse de Mme Lagarde sera scrutée de près par les marchés, à la recherche d'indices sur une éventuelle augmentation des taux en juin.
Les attentes d'inflation des ménages ont sensiblement augmenté, atteignant 4% en mars contre 2,5% en février, d'après une étude de la BCE. En revanche, leurs prévisions à cinq ans sont restées stables, autour de 2%, un point que la BCE a souligné dans son communiqué.
Résolue à faire face aux défis économiques, la BCE a déclaré qu'elle est bien positionnée pour gérer l'incertitude actuelle. Dans un contexte de "choc stagflationniste", alliant stagnation économique et hausse des prix, elle ne cherchera pas à "contrer un choc externe en aggravant le ralentissement" par un resserrement des taux, selon Carsten Brzeski, économiste chez ING.







