Dans un procès aussi capital que tumultueux, tout se joue souvent sur la capacité d'un témoin à fournir des réponses claires. Le 29 avril dernier, lors d'un contre-interrogatoire tendu, Elon Musk s'est retrouvé sur la défensive dans le procès d'OpenAI. L'entrepreneur, au charisme habituel, a visiblement perdu l'initiative, laissant transparaître des failles dans son témoignage.
Sous l'œil avisé de son avocat, l'homme d'affaires a réitéré ses affirmations, accusant OpenAI d'avoir trahi sa mission initiale, qui était de se concentrer sur des objectifs à but non lucratif. "J'ai donné 38 millions de dollars sans rien en retour, pour voir cette organisation se transformer en une entreprise évaluée à 800 milliards de dollars", a-t-il exprimé, avouant même avoir agi de manière "naïve" lors de son soutien initial.
"J'ai été littéralement un idiot", a déclaré Musk, faisant référence à son implication initiale.
Oui, non, peut-être ?
Depuis des mois, Musk soutient que l'organisation, qu'il a cofondée en 2015 et dont il s'est distancé en 2018, a dévié de son chemin initial. "Je craignais qu'ils n'essaient de détourner les fonds de l’association caritative", a-t-il insisté. Cependant, l'image qu'il s'était construite de héro trahi s'est fissurée sous les questions pressantes de l'avocat d'OpenAI, William Savitt. "Vos questions sont conçues pour me piéger", a-t-il alors rétorqué, frustré par la rigueur du contre-interrogatoire.
“Monsieur Musk, je vous pose des questions qui devraient recevoir des réponses simples : oui ou non”, a rétorqué Savitt, laissant le milliardaire déstabilisé.
Malgré ses tentatives pour répondre de manière élaborée, Musk a eu du mal à maintenir une ligne cohérente au cours du procès. La juge, Yvonne Gonzalez Rogers, a même souligné qu'il était parfois "difficile" de suivre son raisonnement. Pendant son témoignage, Musk a évolué entre affirmation et doute, ce qui a suscité l'intérêt du jury, visiblement captivé par la tournure des événements.
Désir de pouvoir et frustration
Musk, souligne The Verge, fait face à des contradictions notables. En 2015, il avait proposé à Sam Altman de travailler ensemble à la direction d'une entreprise à but lucratif, mais a ensuite clamé que c'était la nature lucrative d'OpenAI qui était problématique. Il a même évoqué des échanges en interne où il sollicitait une majoritaire au conseil d'administration, et menaçait de retirer son soutien si ses attentes n'étaient pas satisfaites.
En 2018, Musk a proposé une fusion entre Tesla et OpenAI, affirmant que l'organisation se dirigeait vers l'échec. Pour lui, il est crucial de garder un œil sur les générations d'IA qui, selon lui, pourraient menacer l'humanité si elles étaient mal dirigées.
Des choix contestés
Un autre débat se lève autour du timing de sa réclamation. Musk défend son action tardive par la récente annonce d'un investissement colossal de Microsoft dans OpenAI, qu'il interprète comme une volonté de profit. D'après lui, une somme aussi énorme ne pourrait provenir que d'un intérêt financier, et non d'un acte philanthropique.
"Microsoft n'injecterait jamais 10 milliards sans être sur de retirer un bénéfice", a-t-il lancé, remettant en question la nature des partenariats d'OpenAI.
A l'écoute de Musk, Sam Altman, vêtu sobrement, a pris note tandis que des rumeurs circulaient quant à d'éventuelles déclarations à venir d'OpenAI sur leur modèle opérationnel. En quoi ces mesures affecteront-elles la structure à but non lucratif d'OpenAI et son éventuelle introduction en bourse ?
À l'heure actuelle, une tension palpable règne entre Musk et OpenAI, alors que le tribunal s’apprête à trancher sur les allégations concernant une mission originelle trahie et des enrichissements injustifiés. La multiplicités des valeurs en jeu ne fait qu'accroître la portée d'un procès qui, quel que soit son issue, aura des ramifications solides sur l'industrie de l'intelligence artificielle.







