Les capacités de déminage des États-Unis sont mises à l’épreuve alors que Téhéran évoque la présence de mines dans cette voie maritime stratégique. "Ça n'a pas été un secteur primordial pour eux", souligne Sylvain Domergue, géographe à Sciences Po et auteur de Géopolitique des espaces maritimes (Armand Colin).
Un dispositif jamais testé en conditions réelles
La situation prend une tournure inquiétante depuis que quatre chasseurs de mines américains ont été retirés du service le 11 mars dernier. Formant une partie intégrante de la flotte basée à Bahreïn depuis plusieurs années, ces navires de classe Avenger, bien que dotés de technologies avancées comme un sonar et des drones sous-marins, sont aujourd'hui jugés obsolètes.
À ce jour, les États-Unis ne disposent plus que de quatre autres chasseurs de mines disponibles au Japon. Leur transfert vers le détroit d'Ormuz "prendrait du temps" et ne se ferait pas en un claquement de doigts, selon les experts.
Dans le cas où une opération serait nécessaire, l’armée américaine devra se reposer sur des frégates légères, issues du programme Littoral Combat Ship (LCS). "Ce modèle est polyvalent, mais peu de LCS sont équipés pour le déminage", observe Sylvain Domergue, ce qui laisse planer des doutes sur leur efficacité.
"Peu de LCS en sont munis et il n'a jamais été testé en conditions réelles", ajoute-t-il.
L'indispensable aide européenne?
Les États-Unis ont aussi à leur disposition des hélicoptères comme le MH-60S capables de neutraliser des mines, mais le besoin de soutien européen devient pressant. D'après Alessio Patalano, professeur au King's College de Londres, il est probable que l'US Navy s'appuie davantage sur ses alliés pour garantir la sécurité dans le détroit.
James Stavridis, ancien amiral de la marine américaine, alerte également sur le fait que "le déminage est une opération complexe" qui nécessite du temps, et les ressources des États-Unis pourraient ne pas être suffisantes face à la menace croissante des mines. Historique à ce sujet, il rappelle que des navires américains ont mis des mois pour déminer même des zones d'entraînement.
En France, l’option d’envoyer des moyens au détroit d'Ormuz n'est pas actuellement envisagée, mais Catherine Vautrin, ministre des Armées, n’a pas complètement écarté cette possibilité, soulignant que l'Europe possède plus de 150 navires capables d'opérations de déminage. Un vestige des leçons apprises durant la Seconde Guerre mondiale.
La situation au détroit d'Ormuz pourrait donc nuire à une armée américaine déjà en difficulté, tandis que les options pour des interventions alliées se precisionnent. Avec des tensions persistantes dans la région, la nécessité d'interventions coordonnées apparaît plus pressante que jamais.







