Inventées dans les années 2010 par un passionné de cryptomonnaies, les « casascius coins », des clés de stockage numérique en forme de pièces contenant du bitcoin, ont désormais un statut convoité par les collectionneurs.
En 2011, Mike Caldwell, un développeur installé à Salt Lake City, ne se doutait pas que la valeur de ses pièces Casascius atteindrait des sommets. À l’époque, ce créateur cherchait simplement à offrir une représentation tangible d'un Bitcoin, une monnaie encore méconnue. « C’était perçu comme une curiosité technique », se remémore Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, qui travaille dans l’écosystème bitcoin.
Fifteen ans plus tard, la situation a radicalement évolué. Le Bitcoin a connu une envolée spectaculaire, tout comme ses pièces Casascius. En date du 5 décembre 2025, deux exemplaires rares contenant chacun 1 000 bitcoins ont été repérés sur les marchés. Leur prix estimé : 89 millions de dollars, soit plus de 77 millions d’euros.
Ce montant colossal aurait pu faire de ces pièces les plus chères au monde, surpassant même la Double Eagle de 1933, qui a été vendue 20 millions de dollars, explique Sam Spiegel, directeur des opérations chez Heritage Auctions au Texas. Cependant, cette estimation dépend du prix du Bitcoin à ce moment-là et ne prend pas en considération la valeur de collection qui entoure les Casascius coins.
Avoir un tel objet, qui surpasse le Bitcoin, est rare. « Si j’avais su, j’aurais moi-même récupéré ces pièces qui ont maintenant une vraie valeur historique », admet Éric Larchevêque.
« Un gadget, au pire une arnaque totale »
Lorsque Mike Caldwell présente ses Casascius Coins en septembre 2011, le Bitcoin vaut seulement 5 dollars. Le grand public a du mal à faire confiance à cette monnaie numérique. « Beaucoup pensaient que c’était un gadget, ou pire, une arnaque », raconte Éric Larchevêque.
Caldwell veut offrir une solution, matérialisant le Bitcoin sous forme de pièces métalliques. À l’aide de laiton, d’argent ou d’or, il crée des jetons avec le logo Bitcoin, contenant de véritables Bitcoins. Chaque pièce est associée à un portefeuille numérique et la clé pour y accéder est cachée sous un hologramme sur la pièce.
Pour accéder aux fonds, il faut briser ce sceau, ce qui rend le processus délicat. Malgré cela, les Casascius Coins gagnent en popularité, offrant une représentation visuelle qui facilite leur compréhension. « Ça va à l’encontre de l’esprit de Bitcoin qui prône l’absence de confiance envers un tiers », analyse Éric Larchevêque.
Néanmoins, à l’époque, les enjeux financiers sont modestes, et la communauté fait confiance à Caldwell, qui produit environ 28 000 pièces, équivalentes à plus de 90 000 Bitcoins.
De la curiosité pratique à l’objet de collection
Tout se fige brusquement en novembre 2013 lorsque les autorités financières américaines cherchent à réglementer l’activité de Caldwell, le poussant à cesser la production et à s’éclipser de la scène publique.
Ce retrait renforce cependant la légende des Casascius. Sam Spiegel explique que ces pièces, devenues des artefacts historiques, valent souvent plus que la valeur des Bitcoins contenus. « 10, 20, voire 30 % au-dessus du prix de la cryptomonnaie », affirme-t-il.
Les Casascius sont désormais des objets très recherchés. Nombre d'entre elles sont usées, ce qui réduit d'autant plus leur disponibilité. Le concept a inspiré d'autres projets, mais aucun n’atteint le prestige des originales.
Actuellement, un véritable marché se développe autour des Casascius. La plupart des morceaux rares ont été ouvert. Il ne reste qu’une pièce encore intacte similaire à celles de 1 000 Bitcoins récupérées en décembre 2025.
« Celui qui possède cette pièce détient maintenant une valeur probablement unique », conclut Éric Larchevêque. « Je ne serais pas surpris qu’elle se vende à des prix astronomiques ».
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