Le 25 mars 2023, les tensions palpables autour du chantier de la méga réserve d'eau de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres ont suscité un fort élan de mobilisation. Des milliers de manifestants ont défilé, entraînant des affrontements violents entre les plus radicaux du mouvement anti-bassines et les forces de l'ordre, où pierres et cocktails Molotov ont été opposés aux grenades lacrymogènes et aux tirs de LBD.
Ces violences ont causé de nombreux blessés, avec la singularité marquante de n’avoir fait aucune victime mortelle lors de ces événements, soulignant une préoccupation grandissante quant à la criminalisation des mouvements écologistes, comme l’a souligné Gérald Darmanin, ancien ministre de l’Intérieur, en qualifiant les militants d' "écoterroristes".
Trois ans plus tard, cette plaie est encore béante. Le collectif Bassines Non Merci a initié une série de manifestations à Melle pour commémorer cet anniversaire. Le soir du 25 mars, une marche silencieuse a pris son départ du centre-ville jusqu’à la gendarmerie locale, en dépit d’un arrêté préfectoral interdisant toute approche de ce périmètre.
La nuit des manifestants
Environ 300 personnes ont participé à cette marche, tandis que simultanément d'autres événements avaient lieu dans des villes comme Biarritz et La Rochelle. À Melle, Bassines Non Merci a préparé un parcours à travers champs et forêts, se dirigeant vers le périmètre interdit, ponctué d'une "méga boum" pour faire résonner leur opposition face aux forces de gendarmerie.
"Les autorités incitent les gens à déverser leur colère sur les écologistes. Nous devrions plutôt faire front commun"
Julien Le Guet, porte-parole de Bassines Non Merci, a réitéré que la manifestation était déclarée et autorisée, mettant l’accent sur le soutien de la Confédération paysanne. Ce mouvement dépasse les clivages habituels entre écologistes et agriculteurs, comme le confirme cet agriculteur proche de la zone de Sainte-Soline.
Celui-ci a aussi averti sur les "menaces" de perturbations par la Coordination rurale, opposition au mouvement. Hélène Braconnier, son interlocutrice au nom de la Confédération paysanne, a ajouté que les tentatives de division issues des autorités nuisent à la cause collective, appelant à l’unité.
Une crise de l’eau persistance
Dans un contexte législatif agité, les initiatives pour la création de bassines d’eau ont rencontré des revers. En effet, la cour administrative d’appel de Bordeaux a jugé illégales quatre des seize réserves d’eau projetées en décembre dernier, comprenant celle de Sainte-Soline, dont l'utilisation est pour l'heure interdite.
À l'heure actuelle, seules trois réserves restent opérationnelles. “Sainte-Soline est un projet obsolète”, a affirmé Julien Le Guet, pressentant que des futures lois pourraient chercher à relancer ces projets tout en ignorant les préoccupations environnementales. Pour lui, il s'agit d'un défi imminent pour les irrigants.
Enfin, la tension demeure palpable dans la région, illustrée par la défaite de l’écologiste Sylvain Griffault, battu lors des élections municipales. Ce contexte montre que l'écologie et la gestion de l'eau restent des sujets sensibles pour les électeurs locaux.







