Des chercheurs ont récemment mis en lumière un aspect fascinant de la biologie des pigeons voyageurs : leur capacité à détecter le champ magnétique terrestre pourrait être liée à des cellules spécifiques présentes dans leur foie. Cette découverte enrichit notre compréhension des mécanismes d'orientation de ces oiseaux, qui sont capables de réaliser des migrations d'une complexité incroyable.
Des études antérieures avaient évoqué diverses hypothèses sur les capteurs du champ magnétique chez plusieurs espèces animales, notamment dans le cadre de leurs oreilles, de leur bec ou de leurs yeux. Toutefois, une équipe de scientifiques allemands a jeté un nouveau regard sur ce mystère. Selon une étude publiée par Science le 28 mai, les cellules immunitaires appelées macrophages, riches en fer, situées dans le foie des pigeons, pourraient jouer un rôle crucial dans leur capacité à naviguer.
Pour étayer leur hypothèse, les chercheurs ont mené une expérience sur un groupe de 34 pigeons voyageurs. Ils ont administré un traitement à moitié de ces oiseaux afin d’éliminer leurs macrophages. Lors d’une séance d’orientation, les scientifiques ont relâché les pigeons dans un environnement où le soleil était masqué par des nuages, rendant l'usage des repères solaires impossible. Les résultats furent révélateurs : les pigeons dont les macrophages avaient été conservés ont retrouvé leur chemin vers le pigeonnier en environ 70 minutes, tandis que ceux privés de ces cellules ont erré dans toutes les directions et n'ont regagné leur nid que le lendemain, lorsque le ciel était enfin dégagé et que le soleil redevenait visible.
Des questions demeurent sur la navigation
Bien que ces résultats soient prometteurs, ils suscitent encore de nombreuses interrogations. Susanne Åkesson, écologue à l’Université de Lund, souligne la nécessité de déterminer précisément comment ces cellules communiquent l’information au cerveau et quelles régions cérébrales sont impliquées. Cette recherche pourrait également ouvrir la voie à des études sur d'autres espèces, comme les chauves-souris ou les requins, pour voir si elles partagent cette aptitude à naviguer grâce à des mécanismes similaires.
Malgré l'enthousiasme qu'apporte cette découverte, la controverse persiste. John Phillips, neuro-éthologue à l'institut Virginia Tech, met en garde sur le fait que, bien que la recherche soit rigoureuse, il subsistera toujours des sceptiques dans la communauté scientifique. Cependant, il estime que les nouvelles preuves apportées ne pourront être ignorées et qu'elles enrichissent le débat sur les capacités de navigation des oiseaux.







