l'essentiel
Face au "paquet Dmitriev" qui propose une coopération économique colossale de 12 000 milliards de dollars entre Moscou et Washington, l’Ukraine redoute d’être sacrifiée sur l'autel du business. Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, analyse les dessous de ce bras de fer financier mondial.
Volodymyr Zelensky a récemment évoqué l'existence du "paquet Dmitriev", une proposition russe massive faite à l’administration Trump. Pourquoi Moscou privilégie-t-il l'économie sur le militaire ?
Le fait que les Russes aient gardé cette offre discrète est surprenant. En vérité, cette somme faramineuse répond à l'intérêt de Donald Trump pour les relations commerciales. Les dirigeants russes savent que c'est ce qui pourrait inciter Trump à mettre la pression sur l'Ukraine pour qu’elle accepte des termes territoriaux défavorables. Ce volet économique fait l’objet de négociations intensives entre Kirill Dmitriev, responsable du fonds souverain russe, et Steve Witkoff, représentant de Trump.
Cette offre de 12 000 milliards de dollars représente-t-elle une vision crédible ou une manœuvre calculée ?
C'est une estimation qui paraît certainement exagérée. En effet, il est improbable que la réalité corresponde à un tel chiffre. Toutefois, on sait ce qui attire Trump : les matières premières, notamment le pétrole et le gaz, représentent des intérêts cruciaux, même si les États-Unis sont eux aussi concurrents. En somme, les ressources russes semblent davantage intéresser Washington qu'une paisible négociation diplomatique.

Zelensky redoute-t-il d’être le "dindon de la farce" dans cette situation ?
L’Ukraine a effectivement signé un accord similaire avec les États-Unis, bien que les négociations aient été ardues. Selon Gliniasty, l'approche de Trump envers la Russie pourrait conduire à un arrangement où les deux pays coexistent économiquement, au bénéfice des intérêts américains. Pour Trump, la paix et la prospérité économique vont de pair.
Où en sont les négociations sur le terrain, en particulier concernant le Donbass ?
Le plan a subi des modifications, réduisant le nombre de points discutés à 20. Les Russes avaient initialement demandé la reprise de zones non occupées comme Sloviansk et Kramatorsk, jugées stratégiques, mais cela est inacceptable pour Kiev. Un compromis est envisageable : transformer ces zones en "zones tampons" démilitarisées, comme l’a mentionné Zelensky après des pourparlers à Abou Dhabi.
Trump pousse pour des résultats d’ici juin 2026. Quelle en est la raison ?
Trump est connu pour ses ultimatums. Ici, l'échéance des élections de mi-mandat en 2026 incite à des résultats rapides. Il va intensifier la pression, notamment sur le marché pétrolier, un domaine dans lequel il détient une influence.
Ce déluge de dollars signifie-t-il que l’Ukraine est en perte ?
Pas nécessairement. Ce montant constitue une partie d'une stratégie que Moscou utilise pour inciter Trump à convaincre Zelensky. Sur le terrain, la réalité est déterminante. Si les forces russes n’avancent pas sur le plan militaire, elles devront penser à des alternatives. En outre, l’économie russe enregistre un essoufflement, avec des prévisions de croissance en baisse et une chute notariale des revenus pétroliers.
Un dénouement positif pourrait-il se dessiner cette année ?
2026 semble être une année charnière. L'ennui est palpable des deux côtés. Alors que l'Ukraine démontre une résilience indéniable face aux bombardements, les revers militaires russes ouvrent la porte à un compromis, et aujourd’hui, la possibilité d'une solution semble plus proche qu'auparavant. Miami pourrait en être le théâtre prochainement, si les intérêts de chacun se rejoignent.







