Kaboul (AFP) – En pleine tension avec son voisin, l'Afghanistan a décrété une interdiction totale des importations de médicaments en provenance du Pakistan, déterminé à renforcer son industrie pharmaceutique afin d'améliorer la qualité des produits. Ce revirement de politique s'accompagne d'une volonté de collaboration accrue avec l'Inde, bien que la transition s'avère parfois délicate.
En novembre dernier, dans la foulée de conflits meurtriers, les autorités talibanes ont officialisé leur désir de rompre avec une dépendance qui perdure depuis des décennies. La frontière entre les deux nations est fermée depuis près de quatre mois, rendant les échanges complexes.
En février, l'importation de médicaments pakistanais a été totalement interdite. "Le ministère des Finances appelle tous les entrepreneurs à se fournir en médicaments via des voies légales, excluant le Pakistan", a déclaré le porte-parole, Abdul Qayoom Naseer, à l'AFP.
Ce défi est colossal, car le pays s'appuyait sur le Pakistan pour plus de la moitié de ses besoins médicaux. "Les prix de certains médicaments pakistanais flambent, d'autres sont en rupture de stock, générant d'importants désagréments pour la population", constate Mujeebullah Afzali, pharmacien à Kaboul.

Les importations de médicaments indiens ont également été affectées par la fermeture de la frontière. Avant, ces produits passaient par le port de Karachi, mais aujourd'hui, ils doivent transiter par Islam Qala, à la frontière iranienne, ce qui entraîne une hausse des coûts de transport allant de 10 à 15% en raison de la distance accrue. Selon une source du secteur pharmaceutique, ces frais, qui représentaient auparavant 6 à 7% du prix d'achat, atteignent maintenant entre 20 et 30%.
Cette situation laisse les négociants en médicaments aux prises avec des pertes se chiffrant en millions de dollars, a indiqué la même source, sous couvert d'anonymat.
Une quête d'autonomie
Avant, les ruptures de stock étaient rapidement soulagées par des commandes en ligne depuis le Pakistan, les livraisons se faisant en quelques jours, légalement ou non. C'est justement cette dépendance, avec des livraisons souvent entachées de contrefaçons, qui a poussé le gouvernement taliban à agir. Sharafat Zaman, porte-parole du ministère de la Santé afghan, a souligné : "Le plus gros problème avec les médicaments pakistanais réside dans les contrefaçons, souvent livrées par des circuits illégaux."

Les autorités afghanes travaillent désormais avec l'Inde, l'Iran, le Bangladesh, l'Ouzbékistan, la Turquie, la Chine et le Bélarus pour diversifier leurs sources d'approvisionnement. L'Inde, étant l'un des principaux fournisseurs, pourrait compenser en partie les pertes provoquées par l'arrêt des importations de médicaments pakistanais. En parallèle, la production nationale de 600 types de médicaments a permis d'apporter un certain soulagement aux patients.
L'entreprise afghane Milli Shifa Pharmaceutical, par exemple, produit 100 000 bouteilles de sérum chaque jour et affirme que sa production pourrait doubler en fonction de la demande. Parmi les médicaments locaux figurent des antibiotiques et du paracétamol.
Des défis financiers
Malgré ces avancées, l'industrie pharmaceutique afghane peine à répondre entièrement aux besoins de santé du pays, comme le révèle un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Des coûts d'énergie élevés, des infrastructures déficientes et une dépendance à l'importation de matières premières complicent la quête d'autosuffisance. Certains médicaments fabriqués sur le sol afghan peuvent être plus onéreux que ceux venant du Pakistan.
Les patients, quant à eux, restent parfois réticents à changer leurs habitudes, pensant que les produits pakistanais sont plus efficaces. Dans les établissements de santé, les médecins éprouvent des difficultés à adapter leurs prescriptions à l'absence des médicaments plus familiers, comme le souligne une source anonyme d'une clinique de Kaboul.
Ces changements entraînent des pénuries, des ajustements fréquents de prescriptions et parfois des coûts plus élevés pour les patients.
© 2026 AFP







