Au cours de sa visite d'État en Espagne, le pape Léon XIV s'apprête à marquer les esprits. Lundi, il prononcera un discours devant le Parlement, une première pour un pape, avant de s'entretenir avec des victimes d'agressions sexuelles au sein de l'Église.
Cependant, cette rencontre, prévue à huis clos à la nonciature, suscite déjà des controverses. De nombreuses associations de victimes, dont certaines importantes, regrettent leur exclusion. "C'est un coup dur", a affirmé à l'AFP Juan Cuatrecasas, porte-parole d'Enfance volée, dénonçant ainsi la tendance de l'Église à rester opaque sur ces questions délicates.
Cuatrecasas a averti que le pape pourrait avoir une vision “totalement biaisée” des faits, étant donné qu'il ne rencontrera que des victimes soutenues par le projet Répare, proposé par l'archevêché de Madrid.
Le Vatican, qui avait réaffirmé son engagement envers les victimes, n’a pas précisé les détails de ces rencontres au préalable. Le pape a souligné cette problématique comme une "plaie toujours ouverte" pour l'Église, évoquant le rapport alarmant du Défenseur du peuple qui déclare que près de 200 000 mineurs ont été victimes d'agressions depuis 1940 en Espagne.
Le gouvernement espagnol dirigé par Pedro Sánchez a signé un accord en mars pour indemniser les victimes, ceci après des années de réticence de la part de la hiérarchie ecclésiastique. Lors de l'accueil du pape, le roi Felipe VI a salué sa "clarté" et sa "fermeté" sur ce dossier, soulignant leur rôle essentiel dans le processus de guérison.
Avant cet échange, le pape s'adressera au Parlement en fin de matinée. Cette intervention est inhabituelle car les papes évitent généralement de s'impliquer trop directement en politique. Ce samedi, il avait déjà lancé un appel à dépasser les discours clivants lors de son discours au Palais royal, un message particulièrement pertinent dans un climat politique tendu marqué par l’émergence du parti d’extrême droite Vox.
La visite du pape arrive également à un moment critique pour Sánchez, en proie à des accusations de corruption liées à son entourage. En amont de son intervention prévue à 8H30 GMT, Léon XIV rencontrera M. Sánchez et a déjà salué l'engagement de Madrid en faveur de la paix.
Le gouvernement de Sánchez a souvent été en désaccord avec des leaders internationaux, dont Donald Trump, sur des questions telles que la guerre à Gaza. Le pape, lui-même critiqué par Trump pour ses positions pacifistes, se rendra également au stade Santiago Bernabéu pour célébrer une messe devant plus d’1,5 million de personnes.
Dans les jours suivants, il visitera la Sagrada Familia à Barcelone avant de se rendre aux îles Canaries pour honorer la mémoire des migrants décédés lors de leur périple vers l'Europe. Bien que l'Espagne ait une politique migratoire plus ouverte que certains de ses voisins, elle est également sous la pression croissante de l'opposition sur ce sujet crucial.







