Clara n'était "pas tout à fait à l'aise" lorsqu'elle a aborde son salaire avec son supérieur. En effet, elle gagnait "beaucoup moins" que son prédécesseur, un fait qui met en évidence l'écart de rémunération entre femmes et hommes cadres, comme le souligne une étude publiée par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec).
L'écart de salaire médian annuel brut, qui comprend les rémunérations fixes et variables, a augmenté de 2.000 euros entre 2024 et 2025. Actuellement, les femmes cadres gagnent en moyenne 50.000 euros, tandis que les hommes atteignent 58.000 euros, soit une différence de 16 %.
Même à profil équivalent, l'inégalité persiste avec un écart de 6,8 %. Ce fossé commence à 2 % chez les moins de 35 ans et grimpe à 12 % après 55 ans, une situation qui n'a guère évolué ces dernières années, comme l'indique l'Apec.
Une autre statistique révélatrice : 44 % des femmes estiment qu'elles doivent "fournir plus d'efforts" que leurs collègues masculins pour obtenir une augmentation, tandis que seulement 13 % des hommes partagent ce sentiment.
Pour contrer ce phénomène, la directive européenne sur la transparence salariale, que la France doit encore appliquer, donne droit aux employés de connaître la rémunération de postes similaires dans leur entreprise. Cependant, une enquête de l'Apec révèle que 40 % des femmes se sentent peu aidées pour obtenir cette information de leur employeur.
Clara, 36 ans, a constaté un écart de 50.000 euros avec son prédécesseur dans un cabinet comptable. Pour négocier son salaire, elle a mis en avant "la complexité de son poste, son niveau de responsabilités et les heures supplémentaires" qu'elle fournit. Grâce à cela, elle a réussi à obtenir une augmentation de 11.000 euros bruts annuels.
Selon Chrystal Le Liegard, consultante en développement professionnel à l'Apec, le premier conseil à donner aux femmes est de "oser". "Les femmes hésitent généralement à négocier leur salaire, tant lors des entretiens d'embauche que lors des prises de poste", remarque-t-elle.
Julie, cadre dans le secteur bancaire, a changé son approche après avoir longtemps évité de demander des augmentations, se sentant illégitime. Elle note maintenant ses réussites tout au long de l'année, ce qui l'a menée à trois augmentations en trois ans. "Je ne vole rien à personne", souligne-t-elle, répondant ainsi à ceux qui se sentent lésés.
Les témoignages et les conseils d'experts montrent que la préparation est clé en matière de négociation salariale. Connaitre la valeur de son travail et avoir des arguments solides est essentiel pour faire valoir ses droits dans un contexte d'inégalités salariales persistantes.







