Début juin, un chapitre de dix ans prendra fin à la Banque de France avec le départ de François Villeroy de Galhau, dont l'annonce a été faite le 9 février. Son successeur, qui sera nommé par le président de la République dans les mois à venir, héritera d'un paysage économique complexe et de défis considérables.
La rigueur budgétaire, la gestion de la politique monétaire et la concurrence dans le secteur des paiements sont autant de préoccupations majeures. En effet, après le départ de Villeroy de Galhau, son successeur devra faire preuve de continuité tout en affrontant ces enjeux.
Concernant la politique monétaire, Villeroy de Galhau a prôné un "pragmatisme agile" au sein de la Banque centrale européenne (BCE). Dans une récente interview donnée aux Échos, il a déclaré : "Je refuse les labels de colombe ou faucon, il faut se concentrer sur des décisions éclairées".
La bataille contre l'inflation : un défi majeur
Le nouveau gouverneur devra naviguer dans un contexte inflationniste. Pour Villeroy de Galhau, "la bataille contre l'inflation est gagnée", mais son successeur devra continuer à surveiller attentivement les développements liés à l'euro et à l'économie européenne. Frederik Ducrozet, chef économiste chez Pictet, souligne : "Le principal défi sera d'établir sa voix au conseil des gouverneurs tout en propulsant une vision pragmatique pour la politique monétaire".
Il devra maintenir l'influence que Villeroy de Galhau a eue, tout en demeurant indépendant des pressions politiques, constate-t-il.
L'impératif de la rigueur budgétaire
Le futur gouverneur hérite également d'une solide responsabilité concernant le diagnostic économique français. Villeroy de Galhau a souvent exprimé ses inquiétudes au sujet de la situation budgétaire. L'objectif gouvernemental est de réduire le déficit public à 5 % du PIB d'ici 2026, alors qu'il se situera à 5,4 % en 2025. Patrick Artus, économiste chez Ossiam, déclare : "Il est crucial que le prochain responsable de la Banque de France s'exprime clairement sur la nécessité de stabiliser l'endettement public".
Frederik Ducrozet ajoute : "La situation budgétaire pourrait se détériorer, rendant les défis encore plus difficiles à relever pour le successeur".
L'innovation dans les paiements
La Banque de France joue un rôle de premier plan dans le débat sur la dépendance européenne aux grandes entreprises de paiement, telles que Visa et Mastercard. Le dossier de l'euro numérique, une version dématérialisée de notre monnaie, sera une priorité pour le futur gouverneur, comme a souligné Villeroy de Galhau, qui a plaidé pour la nécessité d'une monnaie numérique de banque centrale.
Accroître l'épargne populaire
À son tour, le futur gouverneur devra également relever le défi de l'épargne. Malgré les efforts de la Banque de France, le nombre de détenteurs de Livret d'épargne populaire plafonne à environ 12 millions, bien en deçà des 31 millions d'éligibles. Il sera essentiel de renforcer cette initiative, à l'heure où la mobilisation de l'épargne populaire est cruciale.
Engagement social et dialogue nécessaire
Enfin, le nouveau directeur devra renouer avec le dialogue social au sein de la Banque de France. Les syndicats, dont la CGT, ont exprimé leurs préoccupations quant à un climat de travail détérioré sous la gouvernance de Villeroy de Galhau, citant la réduction de l'effectif de l'institution de 25 % et la hausse de la souffrance au travail.
"Les employés ne regretteront pas un gouverneur ayant laissé un héritage de tension au sein des équipes", a noté un représentant syndical.







