Marylise Léon a été réélue jeudi à la présidence de la CFDT pour un nouveau mandat de quatre ans, après avoir su, depuis 2023, incarner un syndicat qui marie nuance et rejet des extrêmes. À Bordeaux, lors du 51e congrès de l'organisation, elle a affirmé : "La vraie radicalité, aujourd'hui, c'est d'assumer la nuance". Dans un contexte où la polarisation semble de mise, elle défend une approche constructive du dialogue social.
Elle renchérit : "La négociation n'est jamais la faiblesse, le compromis n'est pas un signe de faiblesse". De son côté, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, n'hésite pas à la désigner comme "une interlocutrice de référence, incarnant un engagement syndical moderne et constructif". Il la voit en appui dans le relèvement du dialogue social autour des enjeux de demain, tels que l'emploi des jeunes et l'intelligence artificielle.
Stéphane Sirot, historien et spécialiste des syndicats, souligne le défi qu'elle doit relever, notamment face à un gouvernement qui a souvent tenu les syndicats à l'écart des discussions publiques et face à un patronat qui affiche des positions rigides. "Marylise Léon fait preuve d'empathie et d'écoute", confie François Hommeril, ancien président de la CFE-CGC, ajoutant que c'est un vrai plaisir de collaborer avec elle.
Née le 23 novembre 1976 au Mans et mère de deux enfants, Marylise Léon est la deuxième femme à diriger la CFDT, succédant à Laurent Berger. Son leadership se matérialise dans un contexte où la réforme des retraites a provoqué un large mouvement de contestation, avec une unité syndicale sans précédent contre le relèvement de l'âge de départ à 64 ans.
- Un parcours d'expertise -
Après l'échec des discussions menées par François Bayrou en 2025, Marylise Léon dénonce la rigidité du monde patronal. Elle a connu une avancée en obtenant, à l'automne, la suspension de la réforme. Jean-Pierre Farandou remarque qu'elle a orchestré l'engagement de la CFDT dans le débat public sur le travail, l'emploi et les retraites.
Son combat principal, à l'approche de la présidentielle, est de lutter contre la montée du Rassemblement National. "Nous ferons face, aujourd'hui comme demain, aux idées et à la violence de l'extrême droite", a-t-elle déclaré à Bordeaux. Son alignement avec Sophie Binet, la dirigeante de la CGT, sur cette ligne est clair. Toutefois, elle admet avoir un parcours plus ancré dans l'expertise que dans la militance.
Secrétaire générale adjointe de 2018 à 2023, Léon a été en charge de dossiers cruciaux, tels que l'assurance-chômage. Elle a également représenté la CFDT dans des partenariats pour la convergence des enjeux écologiques et sociaux. Diplômée en chimie, elle a débuté sa carrière dans le domaine de la sécurité environnementale avant de rejoindre la CFDT, où elle a occupé divers postes liés à la santé au travail et à la responsabilité sociale des entreprises.
"Ce ne sont pas les plus fragiles qui doivent porter le poids de la transition écologique", insiste-t-elle, mettant en avant sa vision d'une justice sociale au cœur des enjeux environnementaux.







