Un récent rapport consacré aux financements universitaires suggère d'augmenter les frais d’inscription à 900 euros par an en licence et à 1.300 euros en master. Cette mesure provoque déjà des réactions indignées des organisations étudiantes. Cependant, elle paraît très timidement proportionnée face à la réalité actuelle de l'enseignement supérieur français. En effet, une année en licence ne coûte aujourd'hui que 178 euros, soit l'équivalent d'un abonnement annuel classique à Netflix. Pour le master, le coût s'élève à 254 euros, proche de l'offre Premium de Netflix. Voilà comment, symboliquement, la France évalue une année d'études supérieures, comparant son importance à un service de vidéo à la demande.
Ce concept de quasi-gratuité est révélé comme une conquête sociale, mais se transforme en un véritable piège. On a voulu d'une université quasiment gratuite, et les résultats sont catastrophiques : établissements en manque de financement, amphithéâtres débordés, infrastructures vieillissantes, et diplômes qui perdent leur valeur sur le marché du travail.
Nos voisins européens illustrent avec des choix différents. En Flandre, les frais d’inscription s’élèvent à environ 1.200 euros, tandis qu'aux Pays-Bas, ils atteignent près de 2.700 euros. Certaines universités italiennes appliquent des tarifs proches de 4.000 euros. L’Inspection générale des finances a même exploré un scénario de frais de 2.850 euros pour la licence et 3.879 pour le master. Il serait utile d'ouvrir ce débat avec courage.
Il est fondamental de comprendre que l'éducation supérieure ne doit pas être vue comme une simple consommation. C'est un investissement crucial. Elle améliore les qualifications, soutient la productivité et promet des augmentations de salaire futures. Faire des économies sur l'université, c'est entraver le développement de la prospérité future.
Cela ne doit pas mener à exclure les étudiants issus de milieux modestes. Des bourses, déductions et aides financières pourraient garantir l'accès à l'éducation pour tous. Le rapport propose un système de barème progressif basé sur les revenus. Si cela peut être défendable, il faut éviter de créer une nouvelle complexité administrative.
Cependant, l'argument social ne devrait pas entraîner l'inaction. De nombreuses familles françaises acceptent de dépenser 1.500 euros pour un smartphone renouvelé régulièrement, tout en trouvant scandaleux d'investir une somme similaire dans une formation qui pourrait influencer leur vie professionnelle.
Pour contrer cela, l'université doit également améliorer sa qualité. Des frais plus élevés seraient justifiés s'ils servaient à améliorer l’enseignement, les infrastructures et les services d’orientation, sans simplement maintenir la médiocrité. Faire payer plus pour maintenir la qualité serait un investissement, tandis que le faire pour préserver une situation insatisfaisante serait simplement une taxe.
Le coût invisible de la gratuité
Ce cas de l'université révèle un mal plus profond : le tabou français autour du prix dans les services publics. Comme le disait Milton Friedman, « il n'y a rien de tel qu'un déjeuner gratuit ». La gratuité n'existe jamais réellement. Quand l'utilisateur ne paie pas, c'est le contribuable qui le fait à sa place. Ce modèle est représentatif de nombreux secteurs en France, que ce soit l'éducation, la santé, les transports, ou la culture. Un sentiment de droit s'est installé sans réflexion sur le coût réel des services et qui les finance.
Le secteur de la santé illustre parfaitement cette problématique. Le déficit de la Sécurité sociale frôle désormais 30 milliards d’euros. Pourtant, combien de personnes connaissent le prix exact d’une consultation ou d’une journée d’hôpital ? Peu de monde. Les rendez-vous manqués, les examens répétés... Les dépenses restent invisibles, car c'est « la Sécurité sociale qui paie ». En vérité, aucune institution ne paie de son propre chef. Elle redistribue simplement les contributions des salariés et des entreprises.
La santé doit rester universelle. L'éducation doit rester accessible. Néanmoins, cette universalité ne doit pas s'accompagner d'irresponsabilité. Afficher le coût réel des soins, par exemple, pourrait renforcer la prise de conscience. À l’hôpital, les patients devraient être informés du montant de leur prise en charge, afin de leur rappeler que chaque système solidaire repose sur des ressources limitées.
Affirmer que « ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur » ne signifie pas qu'il faille tout marchandiser. Cela implique qu'un coût rendu totalement invisible peut engendrer une perte de responsabilité. Quand personne ne perçoit la valeur d'un service, l'attention diminue et la qualité en pâtit. L'entretien diminue, les abus se multiplient, et le service prétendument gratuit devient de moins en moins fiable. À force de vouloir protéger la gratuité à tout prix, la France risque de faire supporter aux usagers le coût de la médiocrité.







