Le président chilien José Antonio Kast, connu pour ses positions d'extrême droite, a révélé mercredi sa toute première réforme économique, un ensemble ambitieux de plus de 40 mesures, dans une volonté affirmée de "rompre" avec les pratiques précédentes et de relancer l'économie nationale.
Intitulée "reconstruction nationale", cette initiative sera soumise prochainement au Parlement. Selon le gouvernement, elle vise à revitaliser l'économie, tandis que l'opposition critiquera un projet perçu comme favorable aux plus riches.
"Nous ne sommes pas là pour répéter le cycle précédent, mais pour le rompre. Nous allons mettre un terme à la stagnation", a déclaré M. Kast lors de son intervention télévisée, marquant son début de mandat en mars.
Avant même sa prise de fonction, l'ultraconservateur avait promis de mettre en place un "gouvernement d'urgence". Parmi ses mesures immédiates, il a entamé une réduction des dépenses des ministères et modifié le mécanisme de stabilisation des prix des carburants, provoquant une hausse significative des coûts de l’essence et du diesel, qui ont respectivement augmenté de plus de 30% et près de 60%.
Durant son premier mois au pouvoir, il a également utilisé des décrets pour accélérer certaines de ses décisions.
La réforme propose notamment une baisse progressive de l'impôt sur les sociétés, passant de 27% à 23%, alignant le Chili sur le niveau moyen des pays développés.
Ce programme, qui inclut un abattement temporaire de la TVA sur les logements neufs et sur le rapatriement des capitaux, ainsi que des mesures touchant à l'emploi et au logement, a été qualifié de loi "tutti frutti" par l'opposition en raison de sa diversité.
"C'est le gouvernement d'urgence que nous avons promis. Ce ne sont pas que des paroles, mais des initiatives concrètes qui transformeront la vie de millions de Chiliens", a insisté M. Kast, avec l'ambition d'élever la croissance du PIB de 2,5% en 2025 à 4% d'ici à 2030.
L'expert en politiques publiques Diego Arellano de l'Université du Développement a décrit cette réforme comme essentielle pour le succès de l'administration Kast.
Les mesures hétérogènes ont été regroupées pour en assurer l'adoption, certaines, comme la réduction d'impôts, risquant de rencontrer des obstacles au Parlement, comme l’a noté Arellano.
Le gouvernement soutient que cette réforme est nécessaire face aux contraintes budgétaires laissées en héritage par l'administration précédente, qui fait état d'un déficit de 3,6% et d'une dette publique de plus de 40% du PIB.
"Il ne s'agit pas d'un impôt baissé pour les riches", a argumenté le ministre des Finances, Jorge Quiroz, précisant que près de 150.000 entreprises en bénéficieront.
L'opposition, pour sa part, remet en cause la logique de cette réduction des impôts tout en arguant d'un manque de ressources. Constanza Martinez, présidente du parti de gauche Frente Amplio, a déclaré : "Alors qu'il met en œuvre des baisses d'impôts qui profitent aux ménages les plus aisés, il impose une réduction des dépenses publiques".
M. Kast a aussi promis un plan d'austérité, visant à économiser environ six milliards de dollars, soit 2% du PIB, sur une période de 18 mois.
Selon l'économiste Juan Ortiz, bien que les finances publiques chiliennes aient connu une dégradation au cours des dix dernières années, le pays n'est pas en crise budgétaire.
Des sondages récents montrent que la détérioration de la situation économique est désormais une préoccupation majeure pour les Chiliens, surpassant même la criminalité.
L'approbation de ce projet au Parlement représentera un véritable test pour le président Kast, qui ne dispose pas des voix suffisantes pour garantir son adoption.







