À l'approche du baccalauréat, les acteurs de l'enseignement en langue basque intensifient leur mobilisation. Réunies à Bayonne, quatre associations — Biga Bai, Euskal Haziak, Ikas-Bi et Seaska — montent au créneau pour dénoncer le déclin de l'enseignement en basque et réclamer des actions immédiates.
Ces entités constatent toutes une réduction significative des effectifs d'élèves bilingues. Selon les données de l'Office public de l'apprentissage, le nombre d'élèves inscrits dans des cursus bilingues est en chute : 10 821 en 2024, comparé à 10 709 en 2025, soit une perte de 112 élèves. Cette tendance se retrouve également au collège, où seulement 22,5 % des élèves suivent un cursus bilingue ou immersif. Au lycée, cette proportion tombe à 14,4 %, un recul par rapport à l'année précédente.
Cette évolution est jugée “très inquiétante” par les acteurs éducatifs, d'autant plus que le gouvernement vise 40 000 locuteurs bascophones d'ici 2050, un objectif qui semble désormais “hors de portée sans une politique linguistique claire”.
La réforme du baccalauréat dans le viseur
Les représentants de l'enseignement en basque attribuent cette baisse à la récente réforme du baccalauréat. Avant 2019, il était possible de passer certaines épreuves, comme l'histoire-géographie ou les mathématiques en basque, ce qui avait favorisé l'essor des disciplines non linguistiques. Cependant, la création d'une spécialité “langue régionale”, désormais mise en concurrence avec des matières essentielles, a altéré cette dynamique.
La réforme du bac a généralisé le contrôle continu et repose désormais sur des options choisies par les élèves. En terminale, le Grand oral, une épreuve essentielle, se déroule uniquement en français, laissant peu de place à l'euskara, sauf pour ceux ayant choisi la spécialité basque, et ce, de manière très limitée.
“Il y a des pas en arrière dans l’apprentissage de la langue basque”, déplore Arantza Egiguren, coordinatrice d’Euskal Haziak. “Avec la réforme du bac, on constate que le basque n’a plus la même... place qu'auparavant”, ajoute-t-elle.
Des droits linguistiques équitables pour tous
Les associations réclament que les élèves désireux de le faire puissent, dès juin 2026, passer l'épreuve anticipée de mathématiques, ainsi que le Grand oral, en basque. Arantza Egiguren souligne l'urgence de ce changement : ”, elle insiste. “Pourquoi les élèves d’aujourd'hui auraient-ils moins de droits linguistiques que ceux de demain ?”
Luxi Detchart, représentante de Biga Bai, partage ce sentiment : “On ne veut plus de discours. On attend des mesures concrètes de l’Éducation nationale”.
Des ressources humaines en danger
Au-delà des examens, les associations évoquent un manque général de moyens. Elles pointent les classes insuffisamment ouvertes, l'absence de nouvelles disciplines en basque au collège et les difficultés à maintenir des parcours complets jusqu'au lycée. Christelle Pucheu, d'Euskal Haziak, résume une inquiétude partagée : “On revient en arrière. Chaque année, nous devons nous battre pour les mêmes choses”.
Un autre enjeu crucial concerne la présence d’enseignants bascophones : il est demandé que ces enseignants puissent bénéficier d'un statut stable pour garantir le passage des épreuves en euskara.
Les associations prévoient de rencontrer le recteur de l’académie le 2 avril pour défendre leurs revendications et espèrent obtenir une autorisation expérimentale dès 2026.







