ENTRETIEN. Après la crise gazière exacerbée par la guerre en Ukraine, le conflit actuel au Moyen-Orient suscite des inquiétudes quant à une potentielle flambée des coûts énergétiques, affectant de nouveau le pouvoir d'achat des Français. Pour mieux comprendre ces dynamiques, nous avons interrogé Fabien Bouglé, expert en politique énergétique.
Fabien Bouglé. Les États-Unis, ayant atteint l'autonomie énergétique depuis 2019, ainsi que la Russie, qui a également renforcé sa position, placent l'Europe dans une situation délicate. Bien que ces deux puissances soient moins dépendantes, l'Europe continue d'importer 58 % de ses besoins en énergie. Ceci souligne l'importance d'une vraie souveraineté énergétique, notamment face aux tensions géopolitiques comme celles qui entourent le détroit d'Ormuz.
Les répercussions de ce choc géopolitique se font d'autant plus ressentir que l'Allemagne, par exemple, a déjà connu des difficultés avec l'approvisionnement en gaz russe suite à la guerre en Ukraine. Un changement dans ce paysage peut immédiatement influencer les coûts énergétiques sur le vieux continent.
Le précédent choc pétrolier de 1973 avait déjà mis en lumière la fragilité économique de l'Europe face aux fluctuations du marché. À cette époque, la réponse avait été l'accélération du programme nucléaire français, qui reste un outil de souveraineté crucial aujourd'hui.
Lors d'un récent sommet à Paris, Ursula Von der Leyen a admis que la décision de se détourner du nucléaire, soutenue par l'Allemagne, était une « erreur stratégique ». Ce revirement n'est pas seulement un constat, il s'agit d'une prise de conscience face aux réalités économiques imposées par la guerre et les crises énergétiques.
Sans compter que la guerre en Ukraine avait déjà entraîné une explosion des coûts énergétiques. Des experts montrent que le choc initial, basé sur une reprise économique rapide, a provoqué une montée fulgurante des prix. Des facteurs tels que la dépendance accrue au gaz et le sabotage d'infrastructures comme Nord Stream2 ont aggravé cette situation.
En ce moment, des considérations comme la fermeture de réacteurs nucléaires en France due à des problèmes de corrosion compliquent encore la situation. Sur le marché de l'électricité, le prix est poussé vers le haut par les besoins en énergie fossile, du fait des offres restreintes de la production nucléaire.
Cela aboutit à une conjonction d'inflation sur le marché énergétique, entraînant des pertes de plusieurs milliards pour des géants tels qu'EDF. Le coût de l'énergie pèse lourdement sur l'économie, fragilisant des entreprises et réduisant ainsi le pouvoir d'achat des citoyens.
Quel impact concret la guerre au Moyen-Orient pourrait-elle avoir sur notre économie ? Près de 20 % des consommateurs mondiaux de pétrole et de gaz passent par le détroit d'Ormuz. Un éventuel blocage aurait des conséquences immédiates sur le marché, influençant la production agricole et le transport. Les prix à la pompe devraient augmenter, tout comme ceux des biens de consommation.
Il est essentiel de comprendre que chaque hausse des coûts énergétiques entraîne une inflation généralisée qui touche tous les secteurs. Les prix actuels, qui semblent imbriqués dans une anticipation de pénurie, ne vont pas tarder à se réajuster. Les effets d'un conflit prolongé sur les tarifs de l'électricité seront également lentement visibles pour les particuliers et les entreprises selon leur type de contrat.
En somme, la situation géopolitique actuelle pourrait exacerber une crise énergétique déjà en cours, avec des implications vastes et durables pour l'économie française et européenne.







