Le Royaume-Uni et le Rwanda se sont rencontrés ce mercredi devant une cour internationale, alors que Kigali estime que Londres lui doit encore plus de 100 millions de livres sterling (116 millions d'euros) suite à un accord annulé concernant l'expulsion de migrants.
Des représentants des deux pays ont exposé leurs arguments devant trois juges lors d'une audience de trois jours à la Cour permanente d'arbitrage (CPA) à La Haye, instituée en 1899 pour régler des litiges contractuels entre États.
Emmanuel Ugirashebuja, ministre de la Justice rwandais, a exprimé le regret de devoir traîner le Royaume-Uni devant les tribunaux pour récupérer des sommes considérables. Selon lui, "l'intransigeance du Royaume-Uni n'a laissé d'autre choix au Rwanda que de revendiquer ses droits".
Les relations entre les deux pays se sont détériorées après que Londres ait réduit son aide financière au Rwanda en 2025, l'accusant de soutenir le groupe armé M23 en République démocratique du Congo (RDC).
L'accord controversé, conclu en 2022 par l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson, visait à renvoyer au Rwanda des personnes ayant voyagé illégalement au Royaume-Uni. Cependant, il a rapidement été bloqué par des obstacles juridiques, la Cour suprême britannique le déclarant illégal.
Le nouveau Premier ministre, Keir Starmer, a récemment déclaré que ce plan était "mort et enterré" depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, avec seulement quatre migrants ayant effectivement été envoyés au Rwanda durant la période précédant l'abandon du projet.
Selon le gouvernement britannique, 290 millions de livres ont déjà été versés au Rwanda, mais ce dernier a noté qu'il restait encore deux paiements annuels de 50 millions de livres à percevoir. "La résiliation de l'accord par le Royaume-Uni ne modifie en rien son obligation de payer ce qui est dû", a souligné le Rwanda dans sa requête.
Kigali réclame aussi 6 millions de livres sterling supplémentaires pour le coût de l'hébergement de réfugiés vulnérables ayant fui la guerre en RDC. De plus, le pays a demandé aux juges de contraindre Londres à présenter des excuses officielles pour avoir violé l'accord.
Le gouvernement rwandais considère comme inacceptable que Londres puisse se soustraire à ses obligations suite à des changements dans son appréciation politique interne. "Le Rwanda se sent lésé par le comportement du Royaume-Uni et exige des excuses", a précisé le dossier.
Du côté britannique, on rétorque que les véritables motivations du Rwanda sont liées à la suspension de l’aide en raison de son soutien aux affrontements du M23. Selon les Britanniques, Kigali a brusquement changé d'avis sur la renonciation aux paiements futurs au moment de l'annonce de la réduction d'aide.
La porte-parole rwandaise avait alors dénoncé des mesures qu'elle qualifiait de "punitives injustifiées", créant une rupture de confiance entre les deux nations.
Les avocats britanniques aborderont les arguments de Kigali ce jeudi, avec des conclusions attendues vendredi. La Cour permanente d'arbitrage pourrait mettre plusieurs mois à rendre son verdict.
Phil Clark, professeur à l’Université SOAS de Londres, commente que le moment choisi pour cette action est stratégiquement délibéré, alors que Kigali fait face à des critiques croissantes concernant son soutien au M23. "Le Rwanda cherche à rappeler à la communauté internationale son rôle clé dans les enjeux migratoires et de maintien de la paix", conclut-il.







