Depuis le 5 janvier, les médecins libéraux de France sont plongés dans une grève nationale d'une ampleur inédite. Ce mouvement répond à la menace d'une interruption des soins financés par la Sécurité sociale, suscitant des inquiétudes tant chez les praticiens que chez les patients.
Témoignages de génération en génération
Benoist Dutertre, médecin généraliste retraité de 71 ans ayant exercé à Nantes, continue de soigner sous un statut salarié. Bien qu'il comprenne la colère de ses confrères, il désapprouve la grève, la considérant contraire à l'éthique médicale. Selon lui, la mobilisation vise davantage le grand public que les autorités : « La maladie ne fait pas grève », affirme-t-il, insistant sur le fait que le gouvernement pourrait ne pas ressentir les effets de cette action. « Cela réduit le nombre de feuilles de soins à rembourser », ajoute-t-il.
La situation devient tragique lorsque, le 6 janvier, une femme meurt devant un hôpital d'Aix-en-Provence en attendant des soins, un drame qui illustre l'urgence des revendications des médecins.
Téléconsultations : une alternative précieuse
Benoist se tourne alors vers la téléconsultation pour continuer de prodiguer des soins. Avec une affluence croissante de cas de grippe dans ce contexte, il constate que « 20 % des consultations concernent la grippe ou ses complications ». Cependant, la réalité diffère dans les zones rurales où ce dispositif n'est pas accessible à tous.
Un quotidien harassant pour le Dr Estrade
À Castelnaudary, le Dr Quentin Estrade, cardiologue de 29 ans, fait face à une réalité contrastée. Établi dans une zone marquée par un déficit de médecins, il sait que beaucoup de patients font des trajets de plus d'une heure pour un rendez-vous. « Les agriculteurs sont confrontés à des difficultés financières importantes », note-t-il, soulignant que dans ces territoires, il est souvent « le seul recours » pour des soins.
Quentin travaille douze heures par jour, avec une charge de travail de soixante heures par semaine, témoignant que « c’est l’usine, comme me le disent les patients ». Malgré cela, il ne regrette pas son choix : « Je préfère me battre pour la région où je suis né », mais il déplore le manque de médecins qui se traduit par une charge administrative trop élevée par rapport au temps passé avec les patients.
Un rôle central dans la communauté
Dans des zones où les services publics et commerces disparaissent progressivement, le médecin devient une figure essentielle, et Quentin compare son rôle à celui d'un ancien curé de village : « On est là pour écouter aussi », admet-il, conscient que les récits de vie de ses patients sont souvent chargés d'émotion. Cependant, cet isolement et cette charge de travail sont sources de pression, « pratiquer seul dans son cabinet à 19 heures peut devenir difficile ».
Installé en secteur 1, sans dépassements d’honoraires, Quentin aspire à parcourir un long chemin : « Si on me laisse continuer à exercer ainsi, je suis là pour quarante ans », conclut-il, déterminé à rester le médecin de famille dont sa communauté a besoin.
Alors que la grande manifestation prévue à Paris s'annonce, l'issue de ce mouvement pourra-t-elle permettre aux médecins de faire entendre leurs voix et de défendre l'accès aux soins pour tous ?







