L’or de la Seconde Guerre mondiale (1/5). En mai 1940, le ministre des Finances Lucien Lamoureux prend des mesures audacieuses pour protéger le trésor de la Banque de France. Explorez un sauvetage mémorable, relaté par François Valentin, consultant à London Politica.
La montée de l'expansionnisme nazi, débutée avec l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939, plonge l'Europe dans un conflit dévastateur. Face à l'avancée rapide des forces allemandes, différents gouvernements tentent de préserver leur or, convoité par le Reich, qui en a besoin pour financer son ambitieuse machine de guerre. Un véritable jeu de cache-cache s'engage, où le sens du devoir de quelques hommes, mêlé à une dose de chance, empêche les nazis de s'emparer d'une fortune capable de changer le cours de l'Histoire. Dans cette série de L'Express en cinq épisodes, François Valentin retrace le parcours extraordinaire de l'or français, belge et polonais, dans un contexte chaotique.
Paris, 15 juin 1940
Quatre officiers nazis, confiants, parcourent le siège de la Banque de France. Alors que Paris est déclarée ville ouverte, ils aspirent à mettre la main sur les réserves d'or, estimées à 2 500 tonnes, cruciales pour alimenter leur guerre. Cependant, ces émissaires se heurtent à la détermination d'agents de la banque prêts à défendre leurs biens.
- "Avez-vous des chambres fortes ?" demande un officier. - "Oui, mais nous ne pouvons pas les ouvrir," répond un fonctionnaire, déterminé. Face aux menaces, l'employé reste inflexible et les nazis finissent par repartir, promettant de revenir. À leur grande surprise, le lendemain, ils découvrent que l'or a disparu. Un sauvetage qui n'est pas dû au hasard.
Paris, années 1920
Durant la Première Guerre mondiale, la Banque de France avait déjà anticipé les menaces. Pour protéger ses réserves, elle a construit la chambre forte La Souterraine, véritable chef-d'œuvre d'ingénierie. Entre 1924 et 1927, un milliers d'ouvriers ont élaboré cet espace sécurisé, doté de murs rétractables et d'une sécurité sans précédent. L'écrivain autrichien Stefan Zweig, en visite, décrit une minéralogie inestimable, à la hauteur de l'histoire.
Dès 1933, face aux tensions internationales croissantes, des transferts d'or ont eu lieu vers des succursales plus sécurisées, dans le but de préparer une évacuation rapide si nécessaire. Des lingots ont été façonnés pour en faciliter le transport, via des caisses spécialisées de 50 kilos.
Nord-Est de la France, mai 1940
Suite à de longs mois d'inaction, l'Allemagne lance son offensive contre la France. Les Panzers, contournant les lignes de défense françaises, mettent Paris à portée de main. L'hôtel de la Banque de France, possédant une réserve de 2 200 tonnes d'or, devient un objectif stratégique évident pour les nazis désespérément à la recherche de ressources financières.
L'Allemagne, ayant perdu ses ressources financières après la Première Guerre mondiale, cherche à s'emparer de l'or français, second stock au monde après celui des États-Unis. En dépit de leur succès en Pologne et au Danemark, le Reich ne parvient pas à obtenir les richesses escomptées, notamment parce que la France et ses alliés ont pris les devants pour protéger leurs réserves.
14 mai 1940, le courage d'un homme seul
Lucien Lamoureux, ministre des Finances, est en alerte. Avec l'évacuation de 30 milliards d'or déjà réalisée vers des destinations sûres, il réalise que l'heure est grave. Non seulement des lingots polonais, mais aussi 200 tonnes envoyées par la Belgique ainsi que l'or helvétique sont en danger. Il est essentiel d’agir. La stratégie prévue dès des années auparavant est mise à l’épreuve, et Lamoureux prend une décision audacieuse.
Sans attendre un mandat officiel, il commence à disperser l'or à travers plusieurs ports du pays pour le rendre inaccessibles aux nazis. Sa détermination, contrastant avec l'hésitation des autres, entraîne la plus grande chasse au trésor de l'histoire. Dans ce contexte chaotique, la bravoure de Lucien Lamoureux pourrait bien redéfinir le cours de l'Histoire, bien au-delà des baguettes de l'acier et du feu.
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