Le dossier de l'assassinat du professeur Dominique Bernard s'impose comme un élément crucial dans la compréhension du jihadisme, selon Richard Malka, essayiste et avocat de la famille. Il souligne la singularité de ce cas, car l'assaillant, Mohammed Mogouchkov, propose une auto-analyse de son cheminement vers la fanatisation.
Le 13 octobre 2023, à la sortie du lycée Gambetta-Carnot à Arras, Mogouchkov a tué son ancien enseignant et blessé trois autres personnes. Le parquet national antiterroriste a requis mardi un procès, mais des questions subsistent quant aux charges qui pourraient peser sur ses co-accusés.
Cependant, peu de doutes entourent le cas de Mogouchkov. Ce dernier a prêté allégeance à l'Etat islamique et a affirmé à plusieurs reprises qu'il avait agi seul, de manière préméditée. Richard Malka note qu'il est rare de trouver un auteur d'actes terroristes vivant et disposant d'une telle capacité d'expression : "Un discours aussi structuré, je n'ai jamais vu ça".
Le conseil espère que durant le procès, Mogouchkov se livrera à une véritable introspection et manifestera des remords. Cette situation est d'autant plus intéressante dans la mesure où, derrière des discours jihadistes habituels, il présente une réflexion sur le processus de fanatisation.
D'après des interrogatoires, le suspect a expliqué avoir attaqué son vieux professeur afin de s'en prendre aux valeurs républicaines qu'il incarnait. "L'éducation française transmet la passion et l'amour pour la République, la démocratie, les droits de l'Homme", souligne-t-il. En janvier 2026, il a déclaré avoir agi pour que "n'importe quelle ville" en France se sente "menacée".
Pourtant, Mogouchkov se remémore avec plaisir son intégration dans le système éducatif français après son arrivée en 2008. Il évoque "le kif de l'école", la mixité et l'enthousiasme qu'il éprouvait à lever la main pour répondre à des questions. Cependant, il affirme que ses pensements ont évolué, soulignant qu'il ressent maintenant un besoin de "cracher sa haine" envers une République qu'il perçoit comme limite à la pratique de son culte musulman.
L'expulsion de son père, fiché S, en 2018, ainsi que l'interpellation de son frère, également impliqué dans des affaires terroristes, ont marqué un tournant dans sa vie. Les thèmes liés au terrorisme sont devenus normaux pour lui, suscitant un intérêt qui l’a radicalisé.
Concernant le Coran, il exprime une certaine admiration pour son "pouvoir" de persuasion, malgré les critiques qui pourraient qualifier cela de propagande. Richard Malka déplore que la société n'ait pas su offrir à Mogouchkov une vision équilibrée, même si Dominique Bernard a tenté de l'encadrer dans un cadre éducatif positif.
Pour l'avocat, la notable introspection de Mogouchkov contraste fortement avec une haine profonde envers la société occidentale, nourrie par une culture patriarcale. Malka perçoit ce dossier comme "une confrontation entre des systèmes de valeurs". La défense, pour sa part, insiste sur le fait qu'un regard limité sur le dossier ne peut pas rendre compte de la complexité de la personnalité de Mogouchkov.
"Mon client a choisi de s'exprimer sur les faits depuis le début et entend continuer à le faire durant le procès", a précisé son avocat, Verlaine Etame Sone. La défense espère que cet échange permettra de mieux comprendre les mécanismes derrière la radicalisation.







