“Si vous pensez encore que la guerre ne vous concerne pas, sachez qu’on peut vous renvoyer de l’hôpital avec une jambe gangreneuse”, avertit une habitante d’Omsk sur le réseau social Threads, comme relayé par Novaïa Gazeta Europe. Sa mère, ayant subi plusieurs opérations, a été refoulée, car il n'y avait plus de place. “Pas de place ! Les ‘SVOchniki’ [participants à l’‘opération militaire spéciale’ en Ukraine]…vous comprenez,” ajoute-t-elle.
Les établissements de santé militaires ne parviennent plus à gérer le nombre croissant de blessés, constate Novaïa Gazeta Europe. Pour répondre à cette crise, le ministre de la Défense, Andreï Belooussov, a annoncé l’ouverture, dès 2026, de six nouveaux hôpitaux militaires, comme rapporté par l’agence Tass. Cependant, l’État procède également à la réquisition de structures civiles, transformant certaines maternités en hôpitaux pour militaires. À Omsk, par exemple, une consultation pour femmes a été reconvertie en polyclinique pour vétérans.
Une situation généralisée
Ce phénomène ne se limite pas à Omsk. À Rostov-sur-le-Don, une maternité a été remodelée pour accueillir exclusivement des combattants, et à Saint-Pétersbourg, plusieurs hôpitaux publics ont ouvert des services réservés aux militaires, comme le confirme une employée citée par Novaïa Gazeta Europe. “On ne parle pas des SVOchniki, car leur nombre est tel que les hôpitaux militaires ne peuvent plus suivre,” témoigne une ancienne infirmière.
La santé publique est en état d’alerte. Selon le ministre de la Santé, Mikhaïl Mourachko, le pays accuse un manque alarmant de “23 300 médecins et 63 600 soignants”. Viatcheslav Volodine, président de la Douma, estime que ce déficit pourrait atteindre 80 % en dehors des grandes villes. Dans ce contexte, un patient à Blagovechtchensk se plaint : “Les pansements ne sont pas faits tous les jours, mais deux fois par semaine,” citant le manque de personnel, comme rapporté par Current Time.
Les militaires semblent passer en priorité dans ce système de santé déjà fragilisé. Selon l’avocate Valeria Vetochkina, qui travaille avec l’ONG OVD-Info, les militaires peuvent être soignés dans des établissements civils si les hôpitaux militaires manquent de capacité. “Techniquement, leur financement devrait être séparé,” explique-t-elle. “Cependant, les ressources du système civil sont de plus en plus détournées vers les besoins militaires.”
Quant au budget des hôpitaux militaires, il est souvent noyé dans le budget global de la défense, évalué à environ “16 000 milliards de roubles” (environ 194 milliards d’euros) en 2025. En raison de la corruption, cet argent “n’arrive souvent pas en totalité” aux établissements, qui se retrouvent d'autant plus en manque de médicaments et de personnel, précise Current Time.







