Plus d'une centaine de personnes se sont rassemblées mercredi à Bordeaux pour honorer Ruben Torres, ce Hondurien tragiquement retrouvé mort en mars dernier, où il était retourné sous une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire) en raison de son échec à obtenir l'asile en France.
Sur le Parvis des droits de l'Homme, près de l'Hôtel de ville de Bordeaux, une minute de silence a été observée en hommage à Ruben, en présence de son demi-frère, étreint par l'émotion. Un portrait du défunt, entouré de bougies, a touché tous les présents.
Selon ses déclarations aux autorités françaises, Ruben, arrivé en Gironde en 2024 pour échapper aux menaces d'un chef de gang, a vu sa demande d’asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).
"Les droits humains ne sont pas respectés pour les demandeurs d'asile", a affirmé Pierrette Moreno, militante associative de 72 ans, à l'AFP. "Il faut que les migrants prouvent le danger qui les menace, mais souvent ils ne peuvent que faire des déclarations orales. C'est absurde", a-t-elle ajouté.
En septembre 2025, une OQTF a été signifiée à Ruben, comme l’a rapporté Libération.
"Il a pris le risque de repartir"
Son avocat, Me Pierre-Antoine Cazau, a souligné que Ruben se sentait "à l'étroit" chez son demi-frère, où il vivait sans pouvoir travailler, ce qui l'a plongé dans une dépression. En février 2026, il a choisi de retourner au Honduras avec l'idée d'essayer à nouveau de demander l'asile, comme l'exprime Me Cazau : "Son désespoir l'a emporté sur sa peur".
Malheureusement, Ruben a été retrouvé mort le 9 mars, une semaine après son retour à Tegucigalpa. La famille conteste la version officielle d’un accident, évoquée par l’autopsie.
Dans sa demande d'asile, Ruben faisait état de menaces pesant sur lui de la part d'un chef mafieux, échappé de prison après avoir été accusé d'assassinat, et mentionné par son demi-frère avant son départ pour la France en 2013.
Des tristes révélateurs des enjeux du droit d'asile
Alain Espinasse, directeur général de l'Ofpra, a exprimé sa tristesse auprès de l'AFP en déclarant : "Un homme est mort et c'est une tragédie en soi". Bien qu'il ait défendu les décisions de l'Ofpra, il a reconnu le défi d'évaluer les éléments présentés par les demandeurs d'asile, indiquant qu'à l'issue de l'entretien, il n'y avait pas suffisamment d’éléments concrets pour établir les risques encourus par Ruben.
La CNDA a noté que les déclarations de Ruben restaient "sommaires et imprécises", illustrant ainsi la difficulté pour les demandeurs d'asile de prouver les menaces qu'ils subissent, comme le souligne Me Cazau, co-secrétaire général de la Ligue des droits de l'Homme (LDH).
En 2025, 151 665 demandes d'asile ont été reçues en France, avec 78 782 protections accordées par l'Ofpra et la CNDA après appel, mettant en lumière les défis que rencontrent de nombreux migrants dans leur quête de sécurité en France.







