Avec un déficit de 2,2 millions d’euros prévu pour 2025, l'association Alméa, qui couvre l'Aube, la Marne, la Haute-Marne, les Ardennes et l'Aisne, se trouve à un tournant délicat. Alors qu'elle a été créée et est gérée par les chambres de commerce et des métiers de ces régions, elle n'est pas la seule à rencontrer des obstacles dans le secteur de l'apprentissage et de la formation professionnelle. « Avec la loi Avenir Professionnel de 2018, le paysage des centres de formation a totalement changé. Il en existait entre 300 et 400 avant, mais beaucoup de nouveaux centres, qui manquent d'une réelle compétence, se sont installés », explique Georges Bell, vice-président d'Alméa.
Budget serré et effectifs menacés
Les objectifs ambitieux de cette loi, qui visaient à atteindre 1 million de contrats d'apprentissage, sont presque atteints, passant de 400 000 en 2018 à près de 847 000 prévus pour 2026. Cependant, le tableau a changé, car le financement géré par France Compétence accuse un déficit de 12 milliards d'euros, rendant difficile la prise en charge des contrats d'apprentissage. « Face à un déficit d'État dépassant 3 000 milliards, les aides à l'apprentissage ont été réduites, et les centres doivent s'adapter rapidement », souligne Bell.
Pour Alméa, qui compte 15 sites et près de 350 employés ainsi que 5 000 stagiaires, la situation est critique. La centralisation des services administratifs n’est pas suffisante pour équilibrer un budget de 30 millions d'euros, souffrant d'une perte de 2,2 millions d'euros pour l'année à venir. L’association a également investi lourdement dans des projets logistiques comme celui de Vatry, mais les difficultés du secteur, notamment dues à des réglementations comme la taxe française sur les petits colis en dehors de l'Union Européenne, compliquent encore plus son avenir.
Des réformes nécessaires mais inquiétantes
Face à ces défis, un plan d'action a été mis en place à partir du 30 mars pour restructurer l'organisation et son fonctionnement. Ce dernier pourrait avoir des incidences sur les emplois et les conditions de travail, entraînant une anxiété palpable parmi les salariés, notamment à Chaumont, où une fermeture a été mentionnée. « Nous devons explorer des synergies avec d'autres établissements, comme les lycées professionnels, pour assurer la pérennité de Chaumont », insiste Bell.
Parallèlement, Alméa doit envisager des mesures plus drastiques, notamment des reports de loyers auprès de différents bailleurs et la fermeture de certaines filières non rentables. À Pont-Sainte-Marie, le développement semble prometteur avec 104 contrats d'apprentissage signés lors d'une récente journée portes ouvertes. Néanmoins, la formation sur la maintenance des vélos, inaugurée en 2024, pourrait être abandonnée en raison de faibles inscriptions.
Dans les Ardennes, la filière esthétique se retrouve également en péril, alors qu'aucune décision n'a encore été arrêtée pour la Marne. À l'inverse, Alméa projette d'ouvrir des formations qui répondent à des besoins croissants du marché, comme celles liées au traitement de l'eau. « Certaines filières dans l'Aube ont déjà affiché complet », précise Georges Bell. Les secteurs de la fleuristerie et de la coiffure continuent d'afficher de bons résultats et feront l'objet d'un développement futur.
Bell conclut sur une note optimiste, promettant que « aucun jeune ne sera laissé sans formation » en cas de fermetures de filières : « Chaque apprenant sera soutenu et guidé. » Cette détermination souligne l'engagement d'Alméa envers l'éducation et l'avenir professionnel des jeunes, même en temps de crise.







