Les enfants sont sensibles aux normes de genre dès leurs premiers pas dans la vie sociale. Ce phénomène soulève des questions importantes : comment se manifeste cette influence et comment évolue-t-elle avec le temps ?
Il est fréquent de ressentir une pression subtile pour se conformer à des comportements jugés appropriés pour son genre. Des études révèlent que cette pression peut engendrer des conséquences bien au-delà du simple conformisme, touchant à la fois la sphère personnelle et sociale.
Les hommes, par exemple, peuvent adopter des comportements agressifs en réponse à des menaces sur leur virilité, tandis que les femmes faisant fi des stéréotypes traditionnels peuvent faire face à des réactions négatives, comme l’ont montré des recherches de l’Université de Californie à Los Angeles.
Nous, chercheurs en psychologie de l'enfance, avons récemment interrogé le développement des enfants face à cette dynamique de pression sociale. À quel moment commencent-ils à ressentir cette nécessité de se conformer aux rôles de genre, et sous quelle forme ?
Une récente étude, réalisée en collaboration avec Andrei Cimpian, démontre que lorsque les enfants sentent que leur statut au sein de leur groupe de genre est menacé, ils ressentent le besoin de se conformer à des rôles traditionnels, avec des impacts à long terme sur leur identité.
Pressions spécifiques selon le genre
En nous basant sur des recherches précédentes concernant les adultes, nous avons voulu observer la motivation des enfants à se conformer aux stéréotypes de genre en testant leur appartenance à des groupes spécifiques.
Nous avons impliqué 147 enfants âgés de 5 à 10 ans à New York dans des jeux basés sur des thèmes stéréotypés, en leur posant des questions spécifiques aux genres. Par exemple, l'une d’elles concernait les équipes de football pour les garçons, tandis que l’autre touchait aux fleurs pour les filles.
Les commentaires donnés aux enfants sur leur performance étaient soit en accord avec leurs stéréotypes de genre, soit en désaccord, créant ainsi une tension face à leur conformité. Comment réagiraient-ils à ces retours d’information ? Préféreraient-ils afficher leurs succès ou les cacher ? Ces questions sont au cœur de notre recherche.
Réactions aux menaces de genre
Nous avons identifié trois réponses majeures des enfants aux menaces visant leur conformité. D'abord, une préoccupation généralisée de ne pas s'intégrer à leur groupe de genre, impactant leur estime de soi. Les garçons se montrent souvent plus enclins à afficher leur masculinité, tandis que certaines filles, même jeunes, ressentent la nécessité de prouver leur féminité.
De plus, les garçons cherchent à éviter l'« atypie » en se distanciant des comportements considérés comme féminins. Ce comportement est quelquefois amplifié par un double standard culturel, où la société valorise plus les expressions masculines que féminines.
Nourrir des relations plus saines avec les normes de genre
À la lumière de nos résultats, il apparaît que les fondements de cette quête de conformité peuvent être plantés dès la petite enfance, avec des conséquences qui se dessinent à l'âge adulte. Les garçons, dès 5 ans, apprennent à éviter les comportements jugés féminins. À 7 ans, ils perçoivent la masculinité comme un statut précaire impliquant une validation constante.
Pour les filles, cet engagement à la conformité peut effectivement s'estomper avec le temps, ce qui pourrait être lié à leur engagement accru dans des domaines traditionnellement masculins.
Cependant, la pression pour incarner des rôles de genre traditionnels peut rester forte. D'autres recherches pourraient explorer ces dynamiques dans divers contextes culturels et pour des identités de genre plus multiples.
En résumé, il est crucial d'intervenir durant l'enfance pour aider les jeunes à bâtir une identité solide, moins dépendante des normes de genre. En ce sens, des programmes visant à soutenir cette démarche pourraient diminuer les réactions néfastes liées à la conformité de genre à l'âge adulte.
Les enfants n'observent pas seulement les normes de genre ; ils les intègrent et les défendent activement dès le plus jeune âge, ce qui pose des défis que nous devons relever ensemble.







